Le Blog Collibris

Rencontre avec Ned C : illustrateur, graphiste, peintre et bédéiste autodidacte !

Ned Christensen alias Ned C. est un touche-à-tout.

Talentueux, il l’est ; percutant, cela va s’en dire ; dérangeant, sans aucun doute ; avec Ned C. ça décoiffe ou ça défrise, au choix. On n’en ressort jamais indemne !

CORRIDA

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Ned C. n’a pas la langue dans sa poche. Il bouscule les idées reçues et secoue les esprits atrophiés.

Humour underground, décalé et cash, Ned. C est spontané et insuffle la bonne humeur !

Parmi ses nombreux travaux on retrouve, entre autres, l’album « Max Hardkor » (en cours de création), l’artwork « Boulodromes« , une pléthore de participations à des fanzines comme El Guapo, Lobotozine, Point Bar BD, Oxyures, Egoscopic,… et plus récemment la création de son propre fanzine : « Reukeutepeuh« .

Envie d’en savoir plus ?

Je m’en doutais ! Voilà pourquoi je vous propose une interview sans faux-semblants, sans langue de bois !

Et punaise ça fait du bien !

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Bonjour Ned. Peux-tu te présenter et nous raconter en quelques mots ton parcours d’artiste ?

Bonjour à vous. Donc, pour les présentations, j’ai 39 ans, je vis en Deux-Sèvres, je fais de la bande-dessinée et de l’illustration et j’officie sous le pseudonyme de Ned C.

Je suis autodidacte et j’ai pour le moment un album à mon actif, « Boulodromes », plusieurs participations à différents fanzines, expositions, covers d’albums, couvertures  de livres, affiches de concerts ou festivals.

Je gère également mon fanzine, au doux nom de « Reukeutepeuh ».

Reukeutepeuh

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Comment décrirais-tu ton univers graphique ?

Pas évident à décrire d’autant plus que je ne suis pas fan des « étiquettes » mais puisqu’il faut bien que les gens sachent à qui ils ont à faire, je dirais :

Un esprit sauvage et acéré cohabitant avec une élégance et une exigence graphique.

Même si j’ai du mal à penser que j’ai trouvé mon style, beaucoup me soutiennent le contraire. J’aime explorer divers horizons, qui vont de l’humour trash au gore en passant par la pin-up jeune et séduisante.

Quand je suis dans le registre humoristique, je le fais avec un trait gras, soigné mais sans trop pousser dans le détail qui pourrait être comparé à se qui se faisait dans les comix underground américains des années 70. Un esprit déjanté et  insoumis. Une vision sombre et désespéré avec un humour à but social quasiment  politique (sans rentrer dans le dessin d’actualité qui ne m’intéresse pas).

Je préfère le travailler en noir et blanc même si j’ai souvent recours à des couleurs vives, punchy pour mettre en valeur mon dessin. Un brush élégant avec une pointe de détail.

Dans ton premier album « Boulodromes » sorti aux éditions YIL, tout le monde en prend pour son grade ! Noir, décapant, cynique, irrévérencieux, avec une bonne dose d’humour décalé et de bonne humeur, ce premier album n’était-il pas par hasard une sorte d’exutoire ?

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Oui. Sans trop vouloir rentrer dans le détail, à l’époque, je vivais une relation très difficile et  éprouvante. La dérision m’a permis de surmonter cela.  Je me suis accroché à mon boulot comme une bouée de sauvetage.

J’utilise l’humour comme défouloir, une sorte d’exorcisme de ma colère. Et le message passe beaucoup mieux de cette manière. Mais je ne fais pas dans le dessin d’actualité car l’actualité (les sujets à la mode et négatifs, donc) ne m’intéresse pas et j’ai également envie que mes dessins continuent de faire rire des années après. J’aime aller à l’essence des choses, avoir une vision globale. Les sujets sont divers mais c’est souvent la connerie que je fustige. Ça reste un sujet intarissable.

« Boulodromes », c’est plus un recueil afin de présenter mon univers aux lecteurs. Il regroupe des dessins one –shot et quelques planches de BD que j’avais réalisées pour des fanzines ou qui ont été mis en ligne sur le net. Retravaillés, colorisés pour l’occasion, afin de livrer le plus bel album possible.

Parles-nous un peu de « Max Hardkor », un projet en cours de création (D’ailleurs, devons-nous y voir un quelconque lien avec le nom du réalisateur américain très controversé « Max Hardcore » ?)

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Max est un personnage que j’ai créé dans l’urgence, il y a un peu plus de vingt ans de ça, pour mon fanzine « Space Time » que je faisais au lycée avec deux autres potes et ma frangine, qui est venue s’y greffer par la suite. J’avais besoin d’un personnage récurrent et emblématique pour le fanzine, avec une envie de bousculer mon entourage, que je trouvais bien trop apathique et inerte.

Le but était de choquer, bêtement ; j’ai donc fait un anti-héros « Violent, pervers, toxicomane et lâche ». Son esthétique est un croisement entre Bart Simpson et  Tetsuo (personnage du manga culte « Akira », de Katsuhiro Otomo). Son nom est un clin d’œil à l’un de mes films préférés de l’époque (qui l’est encore à l’heure actuelle), Mad Max et à la musique qui me fait vibrer depuis si longtemps : le Hardcore Metal.

J’ai développé ce personnage pendant quelques années puis je l’ai laissé tombé. Ce n’est qu’en 2013, que je l’ai repris et décidé d’en faire un album. J’ai donc redessiné certaines pages et bossé sur de nouvelles histoires. Ma mentalité ayant (un peu) changé depuis cette adolescence tumultueuse, ce que j’ai voulu faire vivre au personnage avait également changé. Il est passé de bourreau à martyr. J’ai pris un malin plaisir à lui faire subir toute sorte de déboires, si bien qu’il y a une sorte de justice dans l’l alternance des histoires courtes ou il est tour à tour violent puis violenté. En gros, c’est l’arroseur arrosé. Le but n’est plus de choquer pour choquer, comme dans ses jeunes années. Le coté toxicomane du personnage a donc disparu. Les histoires s’imposent d’elles même comme si  Max avait pris vie. J’ai découvert qu’il avait un « équivalent » homonymique lorsque j’ai eu internet. J’ai donc changé légèrement son nom qui est passé de « Max Hardcore » à «  Max Hardkor » (apparemment ça n’a pas suffit).

L’album est constitué d’histoires courtes d’une à trois pages. C’est de l’humour trash et sans fioritures. Vous pourrez le voir aux prises avec un chiwawa, se faire capturer par un extra- terrestre qui va lui expliquer les origines de l’humanité, aller au concert ultra-violent de Speed Vomit, rencontrer Morphéus (du film « Matrix ») ou encore être confronté à son ennemi juré, Aymeric Callendrin, le beatnik.

ll y aura très  probablement une galerie de fan arts à la fin car j’en ai reçu un paquet et il y en a de très chouettes dans le lot que j’aimerais livrer avec l’album.

Ça sortira par l’intermédiaire de l’association Spl’Art dans le courant de l’année.

Ce qui me surprend avec Max, c’est que je l’ai fait le plus laid et mauvais possible…. Et tout le monde l’adore. Les voies du public sont impénétrables.

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Tu as participé à divers fanzines (El Guapo, Lobotozine, Point Bar BD, Oxyures, Egoscopic,…) avant de créer le tien en 2014 « Reukeutepeuh ! ». Peux-tu nous expliquer ce qui t’a poussé à fonder ton propre fanzine et ce qu’on y trouve ?

Egoscopic a été le premier auquel j’ai participé. Bosser au sein d’un collectif me plaisait beaucoup car bosser tout seul chez soi, c’est sympa mais parfois la solitude se fait ressentir un peu trop violemment. Les fanzines étaient pour moi un bon moyen d’y pallier. Puis ça m’a également appris à dévergonder mon style, pousser les limites et me lâcher, que ce soit dans mon style ou bien dans mes histoires.

Reukeutepeuh, ça m’est venu car j’avais envie de réunir tous ces auteurs, amateurs pour la plupart, que j’apprécie sur Facebook. J’avais envie qu’on fasse un truc ensemble.

Dans Reuk, on trouve une presque trentaine d’auteurs pour 60 pages généralement. A peu près les mêmes depuis les débuts avec quelques variantes et apparitions fugaces. Il y a un thème par numéro. Jusqu’à présent, 4 numéros sont sortis, avec des thèmes comme : « L’horrible bourgeoisie », « Personnages de papier malmenés »,  « les gonzesses » et un spécial « jeux ».

 J’avais envie d’un fanzine bien trash, à l’esprit punk mais avec un souci de qualité graphique. Que ce soit marrant mais également beau. C’est dans cette optique que se côtoient des auteurs, illustrateurs aux horizons très variés comme : Diway, ChatNoir, Sob, Alain-R, Papybic, Darracq, Koffi Roger N’Guessan, Sanrankune, Cépamoi, Exp, Sko,… pour ne citer qu’eux. Je ne vais pas vous les citer tous car il y en a une flanquée (désolé pour ceux que je n’ai pas cité, les copains).

Cet éclectisme fait de Reukeutepeuh une de ses principales richesses, je trouve.

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Techniquement parlant, comment se passe la réalisation d’une planche de BD ? Décides-tu des paroles et pensées des personnages avant de faire les illustrations ou est-ce plutôt l’inverse ?

Je n’ai pas de Modus Operandi stable pour le moment.

Généralement, j’ai  un synopsis écrit sur lequel sont notées quelques idées plus précises. A partir de là, je fais quelques recherches de documentation et de personnages.  Puis j’attaque le story board afin de voir comment tout ça peut se mettre en place et rythmer ça au mieux. Je fais les crayonnés puis je commence à encrer les cases qui me plaisent le plus. C’est vraiment l’étape de l’encrage qui me procure le plus grand plaisir même si c’est celle, décisive, où l’on n’est pas à l’abri d’une « bavure ».

Les intentions, pensées des protagonistes sont claires dès la conception de l’histoire mais par contre, même si j’ai une vague idée de ce qu’ils doivent dire, ce n’est qu’une fois le dessin fait et encré que je rajoute leurs paroles. J’aime ce procédé car les dialogue gardent cette fraicheur d’un parler réaliste.

Les personnages prennent vie, deviennent cohérents, lorsqu’ils n’ont pas adopté le langage soutenu et littéraire.

Quels sont les auteurs/bédéistes que tu admires le plus et pourquoi ?

Tout d’abord, Daniel Goossens, pour qui  je n’ai aucun doute quand à mon admiration vis-à vis de son œuvre. C’est gênant de complimenter car on a souvent peur de ne pas retranscrire exactement toutes les raisons pour lesquelles on aime. Pour moi, c’est un auteur de génie dans le monde de la BD d’humour. J’essaye de faire rire rien que par mon dessin, le texte n’étant qu’une valeur ajoutée. Lui arrive à faire rire sur chaque élément, situation grotesque, personnages, expressions et mimiques, gestuelles, dialogues décousus. Pour moi,  dans le parodique, le meilleur, tous arts confondus.

J’ai découvert, il y a peu, une jeune artiste chinoise nommée Zao Dao lors du festival à Basillac. Je suis tombé sous le charme de son style. J’ai pris une claque. Elle allie la douceur, la poésie à la rage, la férocité avec une virtuosité folle. Elle n’a pour l’instant qu’un seul album à son actif mais je la suis de près et attends avec impatience  le second.

Sinon, il y a le maître incontestable, Katsuhiro Otomo (créateur entre autres de « Akira » et de « Dômu ») pour qui j’ai une profonde admiration depuis de nombreuses années.  Lui je le vénère surtout pour ses décors grandioses (mais comment un humain peut dessiner comme ça ?), son sens du mouvement, son rythme et ses histoires prenantes.

Coté littérature mon cœur va à Milan Kundera. Son romantisme désenchanté, sa juste vison du sentiment amoureux, les parcours du combattant imposés à ses personnages,  font qu’une fois entamée la lecture d’un de ses romans, je ne peux plus en décrocher.

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Dans une interview à BD-Best, tu as déclaré qu’en tant qu’auteur tu étais navré « de voir que toute la chaîne du livre s’engraissait sur celui sans qui elle n’existerait pas. » Peux-tu élaborer sur ce point ?

Je suis loin d’être le seul à penser comme ça dans ce milieu. Certes, ça fait depuis peu de temps que je suis de l’autre coté de la barrière mais j’ai une vision d’ensemble de la situation. Je suis également dans une situation particulière ; mes confrères auteurs touchent environ 7 ou 8 % du prix sur un album vendu ;moi je suis chez une toute petit maison d’édition et je touche 25 % ; mais en contrepartie je dois assurer moi-même ma com’, ma diffusion, mes démarches auprès des festivals, mes ventes. Mon album n’a quasiment aucune visibilité, c’est  du porte à porte que je fais. Tout ceci est chronophage et me fait dépenser une énergie que je pourrais consacrer à mon dessin.

Ce que je vois, c’est une précarité chez les auteurs. Peu vivent de leur métier et beaucoup ont un métier à coté afin d’assurer un revenu décent pour leur foyer. Une Bd demandant énormément de temps à réaliser, je ne sais vraiment pas comment ils trouvent le temps de faire tout ça, surtout s’ils ont une famille à s’occuper. Pour moi, cette précarité ne vient pas d’une surproduction, comme il est entendu ici et là, mais plutôt du restant de la chaine du livre qui est trop gourmande. L’auteur est dépendant de son éditeur mais il est erroné de ne le voir que dans ce sens : c’est surtout l’éditeur qui est dépendant de son auteur (sinon dans l’absolu, ses bouquins n’auraient que des pages vierges). C’est encore le business qui l’emporte sur l’Art, malheureusement. Si les auteurs étaient mieux payés (le monde de l’édition se porte généralement bien, lui) ils n’auraient vraisemblablement pas à cumuler avec un autre job et pourrait donc fournir un travail de meilleure qualité ou faire plus d’albums.

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Quels sont tes projets à venir ?

Outre « Max Hardkor », je suis entrain de bosser, pour une nouvelle revue, sur le premier épisode d’une équipe de super-héros, « les 5 merveilleux », parodiant les comics Marvel. J’avais déjà fait une histoire courte de ceux-ci pour le fanzine El Guapo et l’ai également retravaillé légèrement et mis en couleurs pour « Boulodromes ».

J’ai eu l’honneur d’être recruté  par le talentueux Réza Benhadj  (auteur de « Panzer Tripod », paru en épisodes dans le magazine digital anglais, « Aces Weekly »), que j’ai rencontré lors du festival d’Auvers-sur-Oise. Réza m’a recontacté par la suite afin de participer sa nouvelle revue, « Kakkerlak » mais également au studio multimédia, de graphisme et d’animation qu’il va monter, « Labelloco ». Que ce soit pour la revue ou le studio, l’ambition est de proposer quelque chose de différent de ce qui se fait actuellement, avec une identité forte et une volonté de qualité. Je ne me suis pas fait prier pour accepter l’aventure.

Mon camarade Näamlock, scénariste m’a également mis de coté un scénario de livre pour enfant que j’aimerais illustrer. Etant tonton depuis peu, j’aimerais faire au moins un livre que mon adorable petite nièce puisse « lire ».

Sinon, j’ai  également la matière pour faire un deuxième recueil de dessins et BD humoristiques, dans la même veine que « Boulodromes ». Pour l’instant c’est au chaud et je me consacre prioritairement à « Max Hardkor » et ma participation à « Kakkerlak ».

Le mot de la fin : souhaites-tu rajouter quelque chose ?

Eteignez la télé, source de dépression. Vivez d’amour et d’eau fraîche.

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Pour en savoir plus sur Ned C : https://www.facebook.com/NedC.BD

Pour en savoir plus sur Max Hardkor : https://www.facebook.com/MaxHardkorBD/?fref=ts