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La chaîne du livre et la répartition des revenus

Le sujet est épineux et obscur. Obscur parce que nombre de lecteurs avouent avoir peu de connaissances des mécanismes permettant à un livre d’arriver en librairie puis sur leur table de chevet. Cela est normal : on parle relativement peu de cette fameuse « chaîne » du livre. Le sujet est épineux, aussi, car il lève parfois le voile sur ce que certains peuvent qualifier d’injustices au niveau de la répartition des rémunérations entre les différentes personnes impliquées. Tous les acteurs de la chaîne du livre, et ils sont nombreux, ont en effet leur mot à dire et leur avis – parfois divergents – sur la question.

Alors, chez Collibris, nous avons décidé de vous présenter les faits, et uniquement les faits, sans jamais prendre position. L’objectif ? Que vous sachiez par quel processus le livre que vous êtes en train de lire est passé et quelle est l’implication de chacun des acteurs de la chaîne du livre.

De quoi lever le voile sur un monde et un système économique sur lequel l’on sait peu de choses. Et qui suscite nombre de débats.


 

Qui sont les acteurs de la chaîne du livre et comment sont répartis les revenus tirés des ventes ?

Pour vous y retrouver plus facilement, nous vous avons préparé une liste non-exhaustive des métiers faisant partie de la chaîne du livre, dans un ordre chronologique suivant leur ordre d’implication.

Pourquoi « non-exhaustive » ? Simplement parce qu’il y a une myriade d’autres métiers sur lesquels nous ne nous attarderons pas. Graphiste, maquettiste, relieur, bibliothécaire, attaché de presse, correcteur, iconographe,… autant de métiers intégrés aux domaines d’activité mentionnés ci-dessous, et dont le rôle n’est non pas secondaire, mais essentiel.

A côté de l’intitulé de chaque métier, vous trouverez un pourcentage correspondant à ce que perçoit chaque entité sur la vente d’un livre – prix de vente Hors Taxes –. Ces chiffres, parfois difficiles à trouver, tant ils varient selon la source, sont extraits de ce document, présent sur le site du gouvernement français. Notons qu’il ne s’agit que de moyennes, et qu’elles peuvent donc être légèrement différentes en fonction du marché visé par les ouvrages.

 

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L’auteur – 8%

Grand suspense, roulements de tambour, musique stressante, l’auteur est…celui qui écrit le livre ! Vous ne vous y attendiez pas, n’est-ce pas ?

Blague à part, l’auteur est aussi celui qui assure parfois la recherche documentaire, conduit et retranscrit des interviews, doit recouper les sources, se relit, fait des suggestions pour la couverture et la quatrième de couverture, défend ensuite son livre, participe à la communication, au marketing, donne des interviews, des conférences… En somme, son travail ne s’arrête pas à la seule rédaction de l’ouvrage, loin de là ! Véritable caméléon qui doit (presque) savoir tout faire, l’auteur est impliqué dans nombre des étapes de la publication, de la conception à l’impression, en passant par la distribution et le suivi des ventes.

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L’éditeur – 21%

L’éditeur est avant tout – et c’est une dimension parfois oubliée de son métier –, un découvreur de talent. Chaque année, des milliers de français tentent leur chance et envoient un manuscrit à des éditeurs, espérant être publiés. Un article des Echos soulignait que la maison d’édition du Seuil reçoit en moyenne 3 500 manuscrits par an. 3 500 ! Et il ne s’agit que d’un seul éditeur. Ces chiffres ont d’ailleurs pris des proportions folles pendant les différents confinements liés à la pandémie de coronavirus, périodes pendant lesquelles les français ont écrit pour tromper la monotonie du quotidien.

C’est une réalité : les français écrivent et ils écrivent beaucoup. Mais les places sont chères et seule une infime partie des manuscrits envoyés trouvent preneur, à tel point que l’on pourrait presque parler de « miracle », quand une autrice ou un auteur inconnu parvient au Graal : un contrat d’édition.

 La qualité du texte n’est pas la seule donnée à prendre en compte : il faut aussi qu’il s’insère dans une ligne éditoriale, soit adapté au marché ciblé par l’éditeur et enfin, que le manuscrit soit jugé viable économiquement. Aucun éditeur ne se lancera dans l’édition d’un livre, aussi bon soit-il, s’il juge qu’il ne pourra pas le défendre ou en vendre suffisamment pour amortir les coûts liés à sa commercialisation. 

La sélection de futurs talents prend du temps aux éditeurs, et ils doivent aussi gérer les manuscrits d’auteurs déjà signés chez eux, travailler leurs textes, planifier la publication, et coordonner les équipes graphiques pour la mise en page et la couverture. Il a donc aussi un rôle d’accompagnant et de conseiller.

 Tel un chef d’orchestre, l’éditeur jongle avec tous les acteurs de la chaîne du livre en s’assurant qu’ils soient tous bien coordonnés, de l’imprimeur au diffuseur, en passant par l’auteur, les correcteurs et les libraires. Tous suivent ses indications et agissent selon ses objectifs de communication et de vente.

 Imaginez-le en costume, avec des baguettes, faisant face à une multitude de musiciens, et vous aurez, à peu de choses près, une bonne idée du métier de l’éditeur !

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L’imprimeur – 15%

Le nombre de 15% indiqué ci-dessus est sans doute celui, parmi tous les autres présents dans cet article, qui peut prêter le plus au débat.

En fonction du type d’impression choisi – numérique, offset,… –, du grammage du papier, des dimensions, du nombre d’exemplaires imprimés – selon le principe de l’économie d’échelle, plus le nombre d’exemplaires est élevé, moins le prix unitaire d’impression d’un livre baisse –, le choix de la couverture, la mise en page, et tant d’autres paramètres, les prix peuvent varier largement. 

Le métier d’imprimeur est un métier d’orfèvre, minutieux et millimétré. Il travaille main dans la main avec l’éditeur, qui lui soumet ses idées et envies, pour que le résultat final soit à la hauteur des attentes. Et surtout, avec l’objectif de créer un bel objet, agréable à voir, mais aussi agréable au toucher et à la lecture.

 Lorsque l’on parle de « livre-objet », c’est à l’imprimeur qu’il faut tirer son chapeau.

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Le diffuseur – 8%

Pour chaque nouvelle sortie, l’éditeur prend rendez-vous avec son diffuseur et lui présente les livres qui vont être publiés, en mettant en avant leurs qualités, en lui donnant des argumentaires de vente et en lui fournissant tous les éléments nécessaires pour que le diffuseur puisse ensuite défendre ces livres auprès des points de vente.

Pour schématiser, on peut imaginer qu’un éditeur tire une sonnette d’alarme dès que son planning de publication est défini, alarme à laquelle répond une petite armée de diffuseurs, qui viennent immédiatement discuter avec l’éditeur.

 Une fois les informations recueillies, cette armée est dispatchée aux quatre coins de la France, à la rencontre des libraires, mais aussi des grandes surfaces, des maisons de la presse – bref, de tous les endroits où se vendent des livres – de son périmètre d’action.

Pour résumer, on pourrait dire que le diffuseur est la force de vente de l’éditeur. Dans le jargon du monde du livre, ils sont aussi appelés « représentants ». Leur rôle est plus que clé : ce sont eux qui doivent convaincre les libraires de la qualité d’un livre, et eux qui doivent les inciter à en commander le plus d’exemplaires possible. Leur challenge ? Réussir à développer leur argumentaire en très peu de temps. De ces arguments dépend en grande partie le succès d’un livre. Si un libraire n’arrive pas à voir l’intérêt d’un ouvrage pour sa clientèle, il risque d’en commander peu voire pas du tout, réduisant à presque zéro les chances pour un livre de trouver ses lecteurs.

Le libraire évalue ainsi combien d’exemplaires il veut commander de chaque livre, et le diffuseur est chargé de faire remonter cette information à l’éditeur, pour que ce dernier puisse estimer le nombre d’ouvrages à imprimer.

Plutôt simple, n’est-ce pas ? La machine est bien huilée !

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Le distributeur – 12%

Le rôle du distributeur est essentiellement un rôle lié à la logistique. Selon la définition du Syndicat National de l’Edition (SNE), « la distribution assume les tâches liées à la circulation physique du livre (stockage, transport) et à la gestion des flux financiers qui en sont la contrepartie ».

Dit plus simplement : le distributeur est celui qui stocke les livres dans un entrepôt, prépare les commandes, les envoie aux points de vente et les réceptionne en cas de retour. Il assure la circulation physique du livre. 

Le distributeur est en lien constant avec l’éditeur, à qui il donne accès au niveau de stocks, permettant ainsi d’évaluer le succès d’un livre et le besoin éventuel de réimprimer des exemplaires.

Des chiffres, des chiffres et toujours plus de chiffres. Et oui : dans le monde de l’édition, on lit, certes, mais on calcule aussi beaucoup !

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Le point de vente – 36%

Par « point de vente », on entend principalement librairies et plateformes de vente en ligne.

La mission du libraire n’est pas que de vendre des livres, au contraire. Il peut organiser des événements culturels, en présence d’auteurs et éditeurs, où ceux-ci présentent leurs œuvres et les signent pour leurs lecteurs. Il a également une mission de conseil, essentielle. Rédaction d’avis de lecture – les petites notes que l’on voit souvent épinglées sur les couvertures de certains livres ! –, mise en avant de collections, d’auteurs, d’éditeurs… Les possibilités sont multiples et permettent d’ajouter une dimension « humaine » au processus de vente. C’est un fait : nos libraires sont souvent de très bons conseils ! Avoir le soutien d’un réseau étendu de librairies permet à des livres de bénéficier parfois d’un véritable succès et engouement.

Hélas fragilisés par l’avènement de points de vente numériques tels qu’Amazon, les libraires doivent, peut-être plus que jamais, être soutenus : leur mission de transmission est essentielle et contribue grandement au rayonnement culturel de toute la chaîne du livre.

Soutenons-les !

 

Bonus : la loi sur le prix unique du livre

C’est une spécificité française, et sans doute une source de fierté. Le 10 Août 1981, soit il y a plus de quarante ans, est promulguée une loi – parfois appelée la « Loi Lang », d’après le nom du ministre de la culture de l’époque – qui oblige tous les vendeurs d’un même livre à le commercialiser au prix fixé par l’éditeur.

Seule une réduction de maximum 5% peut être appliquée, correspondant à une remise accordée via des cartes de fidélité, par exemple. Le tout permet d’abord de protéger les librairies, mais aussi de permettre à toutes et à tous d’avoir accès à des ouvrages à un prix juste et raisonnable. En 2009, un rapport tirait un bilan plutôt positif de cette loi… et certains pays nous l’envient !


 

Avec ce long article, l’équipe de Collibris espère vous avoir donné toutes les armes pour vous permettre de mieux comprendre les mécanismes cachés de la chaîne du livre. 

Tout vous semble-t-il plus clair ? 

N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques et commentaires ! 

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