Interview Eric de Kermel

Interview Eric de Kermel : l’écrivain engagé dans la protection de l’environnement

Eric de Kermel, l’auteur de La Librairie de la place aux herbes, est aussi un écrivain engagé dans la protection de l’environnement. Nous retrouvons cet engagement dans ses écrits de différentes manières. Son dernier roman, Mon coeur contre la terre, aborde clairement ce sujet à travers les yeux d’une femme : Ana. Nous avons eu envie d’en savoir plus sur cet engagement, sur ce nouveau roman, et surtout sur Eric de Kermel, l’écrivain à la plume féminine et engagée.

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Interview Eric de Kermel 

Bonjour Eric, vous êtes à la fois éditeur d’un magazine de nature et vice-président du comité français de l’UICN, en plus d’être écrivain. Pouvez-vous nous parler de votre engagement pour l’environnement ?
Bonjour,
Je ne suis plus Vice-Président de l’UICN mais je dirige toujours le magazine Terre sauvage qui est le premier magazine de Nature en France.
Mon engagement pour la nature date de mon enfance passée en Amérique du sud puis au Maroc mais c’est il y a quinze ans, quand j’ai pris la responsabilité de Terre sauvage que j’ai décidé de m’engager dans différentes associations, conservatoires d’espaces naturels et comme administrateur de fondations. En effet, en m’occupant de Terre sauvage j’ai été aux premières loges, sur le terrain, comme via les informations reçues des scientifiques, pour constater qu’il y a avait urgence à se préoccuper de la biodiversité et à agir sur les causes humaines de sa destruction.

Votre dernier roman, Mon cœur contre la terre, aborde le thème de l’écologie. Est-ce un sujet que vous souhaitez davantage aborder dans vos prochains romans ?
« Mon cœur contre la terre » est mon troisième roman. « La libraire de la place aux herbes » ayant connu un grand succès j’ai souhaité écrire une fiction, une belle histoire, mais qui serve la cause de l’écologie que je défends. Ce roman est d’ailleurs dédié aux colibris !
L’écologie au sens large, est présente dans tous mes romans.

Pouvez-vous nous parler un peu plus de votre roman Mon cœur contre la terre ?
Au travers d’une héroïne, Ana, j’ai voulu raconter combien, même si on a l’impression de faire une « belle carrière », si on oublie en route une écologie plus intérieure et sa relation aux autres, comme à la nature, il arrive un jour où l’on se perd.
C’est cela qu’Ana va chercher, et retrouver, en rejoignant la vallée de son enfance, ses amis, dont certains vont lui rappeler ses rêves d’enfant.

Pourquoi avez-vous choisi les Alpes pour votre récit ?
Même si j’ai des origines multiples, mon territoire de cœur c’est les Alpes, et en particulier une vallée des Hautes Alpes, celle de la Clarée. Je voulais que mon propos, même s’il est universel, soit ancré, soit situé ,et que la nature ne soit pas qu’un décor mais un personnage à part entière du roman. Il fallait donc que je connaisse très bien les lieux et que je les aime.

Avez-vous déjà été dans la situation d’Ana avec un berger ? Ces confrontations d’idées et de valeurs vous sont-elles familières ?
Oui. Le dialogue avec le berger dans le roman est très proche d’un véritable dialogue que j’ai eu avec mon ami Robert, berger dans les alpages de Buffère. J’ai commencé à écrire ce livre, là où je vis, dans les garrigues du côté d’Uzès et j’ai été le finir en passant dix jours dans un refuge, dans la vallée de la Clarée. Je voulais confronter mes premiers mots à la réalité, vérifier la crédibilité de certaines situations, m’ancrer. Cela m’a conduit a modifier, parfois de façon importante, la version après ce séjour par rapport à celle d’avant. La question écologique est éminemment complexe, cela fait sa richesse, mais du coup il faut se garder de simplifications hâtives que l’on peut avoir quand on n’est pas au contact du terrain.

Dans votre roman, vous écrivez au nom d’une femme. C’est un élément qui ressort dans certaines des critiques littéraires. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?
Chaque homme a en lui une part féminine. La première écolo que j’ai connue c’est ma mère. Je suis le père de trois filles et le compagnon d’une écologiste engagée. Ecrire au féminin me permet d’explorer cette part de moi-même et de rendre hommage à toutes les femmes qui souvent font rentrer l’écologie bien avant les hommes là où elles sont. Cette importance du féminin n’est pas quelque chose que démentirait Pierre Rabhi !

Avez-vous fait des démarches pour aussi bien réussir à faire parler et comprendre ce personnage féminin ?
C’est le deuxième roman que j’écris au féminin. Certaines lectrices du premier m’avaient dit qu’il leur avait fallu parfois vérifier mon nom sur la couverture de « La libraire de la place aux herbes » pour confirmer que c’était bien un homme qui avait écrit ces mots. Ce fut pour moi un compliment et la preuve que j’étais capable de l’exercice. Mes trois filles, leur mère, Pascale avec qui je vis, m’ont permis de toujours m’intéresser à la psychée féminine, à certains comportements, attitudes que je vois chez elles. Je ne suis surtout pas de ceux qui veulent accentuer ces éléments de genre car je rêve qu’hommes et femmes se réconcilient avec leurs parts respectives des deux sexes.

Outre l’environnement, la nature, votre roman est une réelle quête du vrai bonheur : le bonheur simple. Pouvez-vous nous en parler d’avantage ?
Je présume que vous avez entendu parler de la sobriété heureuse … Je suis convaincu que la joie née de la conjonction de la cohérence et du désir. Je l’ai vérifié tant de fois. Malgré les multiples crises qui conduisent aux effondrements que nous connaissons, je perçois combien ceux qui se mobilisent pour mener des initiatives locales agricoles, urbaines, éducatives, culturelles trouvent la joie en chemin. La joie est une énergie, un levier, l’aspiration légitime de tout homme et de toute femme. Elle est sans lien avec la dimension matérielle ou les technologies. Je suis heureux que vous ayez perçu cela dans mon texte.

Finalement, quel message voulez-vous faire passer à travers ce livre ?
Le message de l’écologie intégrale comme on le trouve dans les propos du Pape François dans l’encyclique Laudato Si mais qui est aussi au cœur du livre Les tisserands du philosophe musulman Abdenour Bidar ou, depuis toujours dans ceux de Pierre Rabhi qui a été le premier a m’avoir marqué par une approche totalement holistique de la question écologique.
En gros, c’est la question des liens. L’écologie ce n’est pas autre chose que de nourrir, tresser, parfois rapiécer des liens. Trois liens particuliers tressent la cohérence de nos vies, celui à la nature, celui aux autres, celui à soi. De ce troisième, quand on explore la dimension spirituelle peut naître un quatrième qui est celui à une transcendance que certains nomment Dieu.
Ana, dans mon récit, illustre toutes ces dimensions mais c’est d’abord et avant tout une belle histoire !

Avez-vous des projets d’écriture en ce moment ?
Oui.
Je suis en phase de relecture d’un prochain roman et je travaille sur un projet un peu particulier qui n’est pas vraiment un essai mais s’en rapproche et qui est très lié à l’écologie.

Photographie : Yves de Kermel

Découvrez le dernier roman d’Eric de Kermel, Mon cœur contre la terre

Mon coeur contre la terre

Résumé : Ana est écologue. Elle analyse l’impact des activités humaines sur l’environnement et la biodiversité. Alors qu’elle exerce son métier avec une exigence passionnée, elle commet un jour une erreur qui la conduit à tout remettre en cause… Elle quitte alors Paris pour rejoindre la vallée de la Clarée, où elle a grandi. Hébergée par son oncle Pasco qui tient un refuge en haute montagne, Ana retrouve peu à peu le goût d’une vie rude mais authentique.
Au contact des hauts sommets de son enfance et de ses amis de longue date, Ana s’apaise et s’interroge : qu’a-t-elle fait de ses rêves d’enfant ? A presque 50 ans, contre quoi lutte-t-elle encore en elle ? Comment incarner dans sa vie cette harmonie entre homme et nature, pour laquelle elle milite ?

Merci à Eric de Kermel d’avoir répondu à nos questions.

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