By Emmanuelle CHOUSSY www.EmmanuelleChoussy.com, Photographer Los Angeles

Interview d’auteur : rencontre avec Marc Levy

Marc Lévy… si si j’ai bien dit Marc Levy.

Moi-même je me suis pincée plusieurs fois lorsque j’ai appris que Monsieur Levy acceptait notre demande d’interview.

Une interview longue distance puisque Marc Levy vit désormais dans la ville de tous les superlatifs : The Big Apple – New York. Une ville captivante, démesurée, électrique…

Nous avons échangé sur son roman Elle & Lui, sur la lecture et l’écriture, toutes deux « synonymes de liberté », sur les communautés de lecteurs qui sont « source de partage » et qui participent bien évidemment  « l’enrichissement culturel », sur les défis du numérique…

Un entretien riche mais surtout une interview remplie d’humour. « Je suis sûr que je dois dire beaucoup d’âneries quand je parle de mes livres » avoue-t-il…

« Je fais mon métier sérieusement, mais sans jamais me prendre au sérieux » […] L’important c’est de cultiver ce plaisir merveilleux qu’est la lecture. »

By Emmanuelle CHOUSSY www.EmmanuelleChoussy.com, Photographer Los Angeles

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Vous avez, jusqu’à présent, touché à tous les genres. Avec Elle et Lui vous revenez à la comédie sentimentale dont Paul Barton, l’architecte de Et si c’était vrai, est le héros principal. Pourquoi avez-vous eu envie de renouer avec ce genre ?

Après deux thrillers et un « road book », j’avais envie de retrouver le rythme de la comédie, qui est pour moi différente de la « comédie sentimentale », d’écrire un livre joyeux qui emmène le lecteur dans un univers distrayant. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut aborder des sujets sérieux, profonds dans une comédie. Au contraire, on peut les faire passer peut-être plus facilement avec légèreté et humour. En fait je crois que la meilleure façon de partager les choses « sérieuses » c’est de les dire sans jamais se prendre au sérieux soi-même.

Alors que certains écrivains s’investissent et excellent dans un seul et même genre littéraire, vous semblez n’avoir aucune difficulté à passer d’un genre à un autre.

a) Comment faites-vous ? Certains genres vous ont-ils posé plus de difficultés que d’autres ?

b) Le fait de « toucher à tout » est-il symptomatique d’une envie de faire tomber les barrières établies entre les genres et de participer à une vision moins étroite de la littérature ?

Mes lectures sont très diverses, je n’ai jamais voulu restreindre mon plaisir de lire à un seul genre. Lecture et écriture sont pour moi synonymes de liberté. Une liberté rien qu’à soi, un moment privilégié où l’on est en relation intime avec un livre. Et il en est de même pour l’écriture, j’ai essayé de ne jamais m’enfermer dans un genre, de ne jamais raconter deux fois la même histoire. Comédie dramatique ou fantastique, romans d’aventures ou roman historique, Thrillers, je prends plaisir à alterner les registres. J’aurais trop peur en cultivant un seul genre d’ennuyer ceux qui ont la générosité de me lire et de m’ennuyer aussi. Chaque roman est pour moi l’occasion de partir à la rencontre de nouveaux personnages, alors les difficultés viennent plutôt de la vie de ces personnages, que d’un genre en soi. Pour le Premier Jour, ils étaient astrophysicien et archéologue, et beaucoup plus intelligents que moi. J’ai dû m’atteler à de sérieuses recherches avant de commencer à écrire…

Revenons à votre dernier roman Elle et Lui. Votre héroïne, Mia est une étoile montante du cinéma anglais. Vous êtes-vous inspiré d’une personne en particulier pour créer ce personnage ?

Non, pas vraiment. J’écoute, j’observe la vie autour de moi, les gens, mes amis… Le personnage n’est d’abord qu’une silhouette. Puis je le façonne en m’inspirant de toutes sources.

Les sites de rencontres sont un élément primordial de votre roman. Vous êtes-vous déjà inscrit sur un site de rencontre ? Quelle a été votre expérience ?

Je n’ai jamais eu l’occasion de m’inscrire sur un site de rencontres. Mais pour Elle & Lui, l’idée m’est venue après une discussion avec une de mes amies, une actrice connue, qui m’a confié s’être inscrite un jour sur un site de rencontre sous un faux nom pour rompre la solitude dans laquelle elle vivait en dépit de sa notoriété… et vous comprendrez que je ne puisse vous en dire plus à ce sujet.

Vous êtes l’un des auteurs les plus lus de la scène littéraire française. Cette notoriété et en corollaire, la pression exercée par les lecteurs et l’ensemble des acteurs du monde du livre, ont-ils un impact sur votre manière d’écrire et sur vos choix de roman ?

Je me considère comme très chanceux, et suis touché et honoré d’être lu autant et dans autant de pays. Je remercie chaque jour mes lecteurs de leur générosité et de leur fidélité, mais je ne pense pas au succès, rien n’est jamais acquis, surtout lorsqu’on veut être libre de se remettre en question à chaque livre. Je ne sais jamais à l’avance, avant la parution d’un livre, s’il rencontrera son public. Je travaille beaucoup, mais sans la moindre certitude, l’écriture est fragile et artisanale. Je fais mon métier sérieusement, mais sans jamais me prendre au sérieux.

Vous avez fait le choix de vivre à New York. Cette ville a-t-elle une signification particulière pour vous ?

J’aime vivre à l’étranger et surtout au contact de personnes dont la culture est différente, qui ne parlent pas la même langue que vous. C’est une leçon d’humilité quotidienne et très enrichissante. Rien n’est acquis, chaque jour cache une petite découverte, il faut s’adapter aux us et coutumes du pays dans lequel on vit ; même s’ils n’ont parfois aucun sens pour vous… et donc s’efforcer d’en comprendre le sens. J’ai toujours été attiré par New York, son énergie, sa diversité culturelle, son éclectisme, son dynamisme aussi… J’y avais déjà vécu dans le passé et j’y ai écrit plusieurs de mes livres.

L’Ivre de Lire est un webzine littéraire permettant à toute une communauté de lecteurs de partager leur passion pour la lecture et la littérature. Que pensez-vous de ces initiatives de plus en plus nombreuses sur le Net ?

Je trouve ça génial de réinventer le lien social des clubs de lecture qui ont pour beaucoup disparu. Les webzines  nous affranchissent des distances et des frontières. Tout ce qui tend à faire aimer la lecture, à faire découvrir de nouveaux auteurs, des textes, à faire que des lecteurs partagent leurs coups de cœur est un enrichissement culturel et comme vous le disiez, une source de partage.

Personnellement, je lis beaucoup de blogs et de webzine pour choisir mes lectures.

De plus en plus, les auteurs sont visibles sur les réseaux sociaux et ont appris à saisir les opportunités que le numérique créait. La promotion d’une œuvre littéraire et de son auteur est aujourd’hui tributaire d’un flux d’information continu et qu’il est bien difficile de contrôler. Cela a-t-il changé votre manière de parler de vous et de vos romans ?

Non parce que je n’aime pas beaucoup parler de moi. Je suis très pudique, et ça hélas, c’est comme pour le vertige, le numérique n’y change pas grand-chose. Mais les réseaux sociaux ont l’avantage que ce sont finalement plus les lecteurs que les auteurs qui parlent des livres. Et c’est vraiment bien comme ça. Je suis sûr que je dois dire beaucoup d’âneries quand je parle de mes livres, c’est tellement difficile. Imaginez que vous passez des mois à écrire un roman de 500 pages et que l’on vous demande « Alors en quelques mots, de quoi ça parle ? »

Bref, la seule chose qui compte pour moi est de communiquer avec humour.

La révolution numérique est en marche. L’industrie du livre semble pourtant bien sceptique face à ce défi. Elle peine à se réinventer et à prendre en considération les opportunités (et pas seulement les menaces) que le numérique peut offrir. Avez-vous une opinion sur le sujet ? Que pensez-vous de l’antinomie faite par beaucoup entre supports papier et supports numériques ?

J’ai été, je crois, l’un des tout premiers auteurs français à rendre mes livres disponibles en format numérique. Je n’en ai jamais eu peur, car je ne crois pas à l’opposition du numérique au papier. Au contraire, je les crois complémentaires. Rien ne doit entraver l’envie de lire, et surtout pas la mobilité, ou le vieillissement oculaire ou même le sommeil de son voisin pour ne citer que trois avantages de la lecture sur tablette. Et il y a aussi la beauté d’un livre , la sensualité du papier, ce rapport qui nous lie au livre physique depuis des siècles et qui ne changera jamais. Alors que chacun soit libre de lire ce qu’il veut et comme il le veut, l’important c’est de cultiver ce plaisir merveilleux qu’est la lecture.

Une dernière question avant la fin : que trouve-t-on actuellement dans votre PAL ?

Alors là… PAL vous dites ? Bon, je file googliser le mot PAL….

pedigree-pal
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Une entrevue remplie d’humour… je ne vous avais pas menti !

Je tiens à remercier très chaleureusement Marc Levy d’avoir accepté de répondre aux questions de L’Ivre de Lire, ainsi que pour sa profonde gentillesse et sa disponibilité.

Je profite également de l’occasion pour vous informer que le prochain roman de Marc Levy « L’Horizon à l’envers » sortira en librairie le 11 février 2016 aux éditions Versilio / Robert Laffont !

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