Le Blog Collibris

Interview d’auteur : rencontre avec Katherine Pancol

Après avoir été professeur de lettres puis journaliste, Katherine Pancol s’est imposée comme une auteure à succès dès 1979 avec la publication de son premier roman Moi d’abord.

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En 2006, ses lecteurs découvrent Les Yeux jaunes des crocodiles puis La Valse lente des tortues en 2008 et Les Ecureuils de Central Park sont tristes le lundi en 2010. Cette trilogie propulse Katherine Pancol au rang des auteurs les plus lus en France avec près de 6 millions d’exemplaires vendus. Son succès dépasse les frontières puisque Katherine Pancol est traduite dans 29 pays dont les Etats-Unis.

En 2014, l’auteure poursuite son épopée littéraire avec Muchachas – une série composée de 3 tomes.

Cortès, Stella, Hortense, Gary, Calypso… beaucoup se demande aujourd’hui quand ils pourront revoir ces personnages !

Bien évidemment, nous avons posé la question à la principale intéressée…

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Bonjour Katherine. Les trois tomes de Muchachas sont disponibles en livre de poche donnant ainsi une deuxième vie à la trilogie. Pour celles et ceux qui ne vous ont jamais lu, comment leur présenteriez-vous votre univers littéraire ?

Je raconte des histoires d’aujourd’hui. J’écris comme si je filmais mon époque avec des odeurs, des couleurs, des sons,  du soleil et de la pluie,  des pas, des soupirs, des rues, des voitures, des gaz d’échappement,  je veux que les mots palpitent, vivent… et traduisent les émotions des personnages. Je veux qu’on entre dans mes histoires comme dans une maison, un jardin, un palais, une épicerie, un lit !

Cortès, Stella, Hortense, Gary, Calypso… quand allons-nous revoir ces personnages ? Allez-vous écrire une suite aux Muchachas ?

Je suis en train de l’écrire… Le livre ne s’appellera pas Muchachas 4, mais aura un très joli titre. Et ce sera la suite.

Comment choisissez-vous les prénoms de vos personnages (Léonie a un côté un peu désuet, Hortense est un prénom floral, Calypso est le nom d’une nymphe de la mer…)

Je pense très fort au personnage, je vis avec lui. Je l’imagine en train de marcher, de rire, de pleurer, de croquer un quignon de pain, de sourire, j’entre dans sa tête, je l’écoute parler et un prénom vient se poser sur le personnage. L’attribution d’un nom et d’un prénom est très important. Il faut être concentré quand on écrit, toujours, sinon l’histoire, les personnages ne prennent pas vie.

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Avec Muchachas, vous abordez des sujets graves et malheureusement toujours aussi criants d’actualité : la maltraitance conjugale, les attouchements sexuels subis par les enfants, le silence qui entoure ces vies brisées. Avez-vous rencontré des personnes victimes de ces violences physiques et morales pour écrire votre trilogie ? Comment vos recherches se sont-elles déroulées ?

J’ai d’abord assisté à une scène terrible, juste devant moi, un après-midi de juin à une terrasse de café  (je la raconte dans la postface du tome 1) et j’ai décidé d’écrire sur ces femmes victimes. Comment en arrivaient-elles là  ? Pourquoi se laissaient-elles si mal traitées? Quelle pouvait être leur histoire ? L’histoire de leur famille ?

Ensuite j’ai interrogé beaucoup, beaucoup de femmes battues. De filles violées.

Ça a été très dur. Je n’en suis pas sortie indemne.

Compte tenu de la gravité du sujet abordé, quel a été votre état d’esprit à l’écriture de la trilogie Muchachas ?

Cela a été difficile. Très difficile.  J’avais des larmes aux yeux quand j’écrivais et après, quand  j’en parlais.

De manière générale, vos personnages sont très réalistes, vos dialogues truculents. Comment parvenez-vous à donner vie à autant de personnages différents ?

Je crois que c’est parce que j' »entre » dans chaque personnage. Je ne reste pas à la porte. Je deviens Joséphine, je deviens Henriette, je deviens Zoé, je suis même devenue Ray Valenti ! Vous vous rendez compte ? Cela a été terrible quand je m’en suis aperçue.

Il y a cette scène de nuit de noce, particulièrement difficile, où j’étais À LA FOIS la femme qui se faisait battre et l’homme qui frappait.

J’en frissonnais.

On a tous à l’intérieur de soi une palette de sentiments qui vont du plus noir au plus blanc. L’écriture vous apprend à explorer cet arc en ciel, à aller chercher tout au fond de vous.

Vous entretenez un rapport étroit et particulier avec vos lecteurs. Vous êtes d’ailleurs très active sur votre blog et les réseaux sociaux. Une vraie histoire d’amour ?

Une vraie histoire d’amitié, d’attention à l’autre. C’est très important pour moi. Je suis comme ça depuis que je suis toute petite. Je trouve que l’indifférence est un péché capital.

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Les yeux jaunes des Crocodiles a été adapté au cinéma. Avez-vous vu le film ? Qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous participé d’une quelconque manière à sa réalisation ?

J’ai vu le film et j’ai été séduite par les acteurs, l’émotion qu’ils dégagent, la justesse du ton.

Mais je ne me suis occupée ni du scénario, ni du tournage, ni du choix des acteurs. J’étais en train d’écrire Muchachas et je n’avais pas de place dans ma tête…

On dit souvent qu’on est ce qu’on lit. Et vous Katherine, que lisez-vous ?

Je lis beaucoup, beaucoup et des livres très différents. J’aime autant Charles Bukowski que Proust, Balzac que Céline, Colette que Carson McCullers. J’aime quand les mots, l’histoire sonnent VRAI.

Qu’il n’y a pas de triche, ni de « je prends la pose parce que j’écris ».

J’aime quand on sent que l’auteur s’est engagé à 100% dans ce qu’il a écrit.

Le mot de la fin est pour vous.

Je ne serais pas devenue celle que je suis sans les livres. Les livres m’ont tout appris. Ils m’ont éduquée, ils  m’ont fait grandir, ils m’ont appris à aimer, à me respecter, à respecter les autres et à penser.

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Je remercie très chaleureusement Katherine pour sa disponibilité et générosité littéraire.