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Interview d’auteur : rencontre avec Elisabeth Herrmann

Dans le cadre de notre concours d’Halloween « La nuit de l’horreur », les éditions Slatkine & Cie vous donne l’opportunité de remporter le prochain roman de Elisabeth Herrmann « Hier ou Jamais » (sorti le 24 novembre 2016).

Elisabeth Herrmann est auteure de romans à succès. Egalement journaliste pour la télévision, elle vit à Berlin.

Considérée comme la Fred Vargas allemande, elle plonge ses lecteurs dans des polars dont le suspense étouffant a pour décor l’Allemagne contemporaine.

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Bonjour Elisabeth, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’habite dans une ville trépidante : Berlin. J’ai connu cette ville avant et après la chute du mur et j’aime les changements, les gens et cette atmosphère inspirante que la ville dégage. Je réside plus précisément dans la partie ouest de Berlin, à Wilmersdorf, une zone un peu endormie parfois… Voilà pourquoi j’adore aller à Mitte et Friedrichshain. « Pauly Saal » est un lieu que j’affectionne tout particulièrement. Il s’agit d’une ancienne école pour jeunes filles juives. A présent, c’est un excellent restaurant.

Voir mes amis, leur faire à dîner est l’une de mes activités fétiches… l’écriture aussi bien évidemment ! Le weekend dernier, j’ai préparé une tablé pour 12 convives […]. J’adore ces petites soirées faites de rires, de vin et d’un bon repas […].

Comment et quand en êtes vous venue à l’écriture ?

Oh, cela va prendre du temps ! Je vais essayer de faire court. Alors que je travaillais comme journaliste à la télévision, je suis tombée sur un sujet qui m’a particulièrement intéressée : le destin des enfants lors de la seconde guerre mondiale  – des enfants déplacés par les nazis et forcés à travailler au sein de familles allemandes en tant que babysitters ou femmes de ménage. Ces jeunes filles ont été oubliées… c’est un véritable tabou. Une honte.  Je les ai rencontrées à Kiev. Elles sont aujourd’hui très âgées et vivent dans une pauvreté que vous ne pourriez même pas imaginer. Je me suis alors faite une promesse : raconter leur histoire. Mais… personne n’en voulait. Télévisions, radios, journaux… personne. J’ai donc décidé d’écrire un livre. J’aime les romans policiers et parce que je ne pensais pas pouvoir conter la destinée épique d’une famille, j’ai imaginé une affaire criminelle impliquant une famille berlinoise qui a fait ce que tant de familles réelles ont fait : nier le fait qu’elles aient forcé des enfants à travailler sous leur toit. J’ai également imaginé un charmant avocat, loyal à sa famille : le « héro » Joachim Vernau était né.

C’est ainsi que je suis devenue auteure.

Pouvez-vous nous parler de votre nouveau roman « Hier ou Jamais » ?

C’était mon tout premier roman policier. A l’époque, il n’avait été publié qu’au format poche.

Il raconte l’histoire d’un avocat berlinois, Joachim Vernau, qui découvre que sa belle-famille garde un très sombre secret.

Il s’agit du roman qui me tient le plus à cœur, pas seulement parce qu’il représente mon premier « bébé » mais surtout parce qu’il relate les histoires de ces jeunes filles oubliées. Elles ont sacrifié leur jeunesse pour travailler. Et bien plus tard, personne n’a voulu se souvenir d’elles. C’est encore aujourd’hui un tabou, une honte.

A l’époque, j’avais écrit ce roman d’une manière différente, plus romantique avec plus d’humour… Je voulais raconter l’histoire d’une manière qui attire l’attention. Le roman a connu un vif succès en Allemagne : « Best German crime novel », #1 sur Amazon, il a été adapté à la télévision et il fut le point de départ de 4 autres aventures de Joachim Vernau.

C’est ce livre qui a initié mon grand tournant vers l’écriture.

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Sur la quatrième de couverture de votre livre, on peut lire : “La mémoire est l’avenir du passé” (Paul Valéry). Pourquoi avoir choisi cette citation pour illustrer le propos du livre ?

Un proverbe me semble particulièrement pertinente : « Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens. » C’est tellement vrai. Nous sommes les héritiers du passé. La mémoire ne nous empêche pas de commettre des erreurs. Mais nous pouvons comprendre et apprendre.

Quel est votre processus d’écriture ?

Je compare souvent l’écriture à un plan de voyage. Tu veux aller de Berlin à Paris. Tu dois peut-être changer de train à Francfort. Tu t’arrêtes, tu quittes le train, tu observes ce qui se passe autour de toi. Tu montes dans le train, le voyage se poursuit, tu descends du train… tu rencontres des gens au restaurant, tu décides de prendre la route via Luxembourg plutôt que par Mulhouse. Tu fais une pause à Beaufort…

Si tu pars en voyage sans avoir établi de trajet, il se peut que tu te retrouves sur une toute petite île Grecque […]. Les intrigues nécessitent un travail ardu. Peut-être même le plus ardu qui soit.  Plus l’intrigue est pensée, plus le travail est fluide. Mais il est important de laisser de l’espace aux surprises. Dans « Die siebte Stunde » (le second roman mettant en scène Vernau qui sera publié aux éditions Slatkine & Cie) je ne savais pas qui était le tueur jusqu’aux dernières pages. J’ai été tellement choquée ! Puis tellement satisfaite des derniers rebondissements.

Donc tu prends ton temps pour quitter le train… mais sois bien sûre d’être à Paris 😉

Quelles sont vos influences littéraires ou non littéraires ?

J’adore Fred Vargas ! Et Tana French ! Et Elizabeth George ! Je suis effrayée par Stephen King et Simon Becket. Je me suis presque noyée dans Donna Tartt et Zerulya Shalev. Il y a aussi « Ennemis publics » par Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy. Ian MacEwan. Paul Bowles. Les livres que j’emporterais avec moi sur l’île de Robinson sont : « Œuvres » de Ernst Kantorowicz  (biographie de Frédéric II Ernst trad. de l’anglais et de l’allemand par Jean-Philippe et Nicole Genet et Albert Kohn Kantorowicz), « L’Iliade » de Homère et les 10 livres de George R.R. Martins « Le Trône de fer » (Je les ai lus deux fois ! Je connais tout pas cœur !)

On dit souvent qu’on est ce qu’on lit. Et vous Elisabeth, quelles sont vos trois dernières lectures ?

Dörte Hansen, « Altes Land ». Alice Munro, « Ferne Verabredungen ». Monika Maron, « Krähengekrächz ». Et un vrai roman policier de mon ami Michael Tsokos qui dirige depuis 2007 l’Institut médico-légal de la Charité de Berlin. Son roman « L’Inciseur » est son premier roman.

Le dernier mot est pour vous. Souhaitez-vous rajouter quelque chose ?

Je suis très heureuse d’être publiée en France ! J’ai une relation très particulière avec un lieu spécifique de la côte picarde. Peut-être deviendra-t-il un jour le théâtre d’un roman… J’espère que les lecteurs français apprécieront mon livre. Je suis très enthousiaste à l’idée qu’ils le découvrent. Je tiens également à remercier mon éditeur Henri Bouvet et toutes les personnes passionnées des éditions Slatkine & Cie pour leur travail !

Merci beaucoup ! Et merci pour cet interview et votre intérêt !

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Elisabeth, could you please tell us a little about yourself 

I am living in a very exciting city, Berlin. I know this place before and after the wall came down, and I love the changes, the people, the inspiring atmosphere. My apartment is located in the western part, Wilmersdorf, a little sleepy there sometimes … so I love going out at Mitte and Friedrichshain. My favourite place is the « Pauly Saal » in a former jewish girls school, nowadays a great restaurant. Meeting friends and cooking for them is one of my most beloved activities – except writing, of course. Last weekend I had a table for twelfe in my living room, means : Three or four small tables arrangend together, some friends were bringing themselves a chair … I love these evenings with laughter, wine and a self done dinner. I dont love to clean up the mess after …

How and when did your literary journey begin ?

Oh, we need time … I try to be short. As was working as a TV-journalist I found a topic that interested me very much : The fate of children during the second world war, displaced by the nazis and forced to work in german families as housekeeper and babysitter. These girls are nearly forgotten meanwhile, it is a real shame. I visited them in Kiew – they were very old ladies, living in a poverty we cannot imagine, and I promised myself to tell their story. But … nobody wanted it. Not in the TV station, not in the radios or the newspaper. So I decided to write a book. I loved criminal novels very much and I was not convinced that I could create a great epic familiy story. So I decided to imagine a criminal case about a well recommended Berlin familiy that does the same like a lot of real families : Denying that they had forced worker in their household. I also created a charming lawyer who is very loyal to this familiy, my « hero » Joachim Vernau. That is how it started.

Tell us about « Hier ou Jamais » – your new novel.

It was my first criminal novel and not very successful as a hardcover. But I caught attention by some very recommended feuilletonists. The story about a Berlin lawyer, Joachim Vernau, who finds out that the family he es joining by marriage keeps a very dark secret, is my most beloved. Not only because it was the first « baby ». It was a desire to tell the stories of the forgotten girls. They sacrificed their youth forced to work, and later nobody wanted to remember them. It is until today a real shame. I love this book so much. I wrote it in another way than I do it today, more romantic, with more sense of humor… I just wanted to tell the story in a way that catches the people. Later, as a paperback, it was a great succes. « Best german crime novel », #1 at amazone, screened as a TV movie and start of four more Joachim-Vernau-adventures. The whole change of becoming a writer startet with this book.

« The Future of the Past is found in Memory » So wrote French writer Paul Valéry. This is a quotation that we can found on the back cover of your novel. Could you tell us why this quote was chosen to illustrate the novel ?

Another quote : Only by knowing where you came from you will find your way- Who wrote it ? It is sot rue. We are all heirs of the past. Memory does not protect us from making mistakes. But we can understand and learn.

With regard to your writing process, are you a planner or a wing-it kind of writer? How much did you know about what could happen?

I often compare writing with a travel-plan. You want to go from Berlin to Paris. You have to change the train in Francfort, maybe. You stop. Leave the train, look what is happening along your route. Returning to the wagon, continue the journey, stop again … meeting someone in the bord restaurant, deciding to take the route via Luxembourg instead of Mulhouse, taking a rest in Beaufort where you find out, that it could have been better to return to Luxembourg, arriving too late … but arriving. If you start your journey with no direction, it can happen that you find yourself on a tiny greek island. Beautiful. If you are able to change plans – and your editor loves it to get a script about murder in Korfu instead of St Germain. Most editors dont love it, I promise ! Plotting is hard work. The hardest, maybe. The better you are plotting, the smoother is the stream of the work. But you have to let space for surprises. In « Die siebte Stunde » (the second Vernau-Book that will be published by slatkine) I did not knew until the last pages who the killer was. I was so shocked ! And then so happy about the last moves and turn-outs and surprises. So take your time to leave the train as often as you want, but be sure you arrive at Paris J

Are there any literary or non literary influences that you would like to name?

I love Fred Vargas ! And Tana French ! And the early Elizabeth George ! I am frightened by Stephen King and Simon Becket. I nearly drown in Donna Tartt and Zerulya Shalev. The letters between Houllebecq and Levy. Ian MacEwan. Paul Bowles. The books I would take to a robinson island are : The Friedrich II Biography of Ernst Kantorowicz, Homers Ilias, and all the ten books of George R.R. Martins « A song of ice and fire » ( I read them twice, I know EVERYTHING J)

We often say that we are what we read. So, what are your three most recent readings ?

Dörte Hansen, « Altes Land ». Alice Munro, « Ferne Verabredungen ». Monika Maron, « Krähengekrächz ». And a true crime book from my friend and consultant Michael Tsokos who works in the Pathologie of the Charité in Berlin about forensik investigation on corpses.

The last word is for you. Is there anything you would like to add (your future project…)

I am so happy to be published in France ! I have a very close relationship to a place at the Cote Picarde. Maybe, once in a time, it coud become also a story … I hope the french readers will like the way I write. I am very excited. And I want to thank my editor Henri Bouvet and all the passionate people from Slatkine working so hard for this book.

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Je remercie très chaleureusement Elisabeth Herrmann pour sa gentillesse et disponibilité.

Je vous invite également à découvrir notre prochain coucours d’Halloween « La nuit de l’horreur » en cliquant sur l’image ci-dessous.

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* Propos recueillis et traduits par Emilie Bonnet