interview clelia renucci

Interview Clélia Renucci

Clélia Renucci est essayiste, romancière et professeurs de Lettres Modernes. Son premier essai, Libres d’aimer, met en avant les cougars dans la littérature. Son dernier roman auquel nous allons nous intéresser dans cet interview est : La Fabrique des souvenirs publié aux Editions Albin Michel.

Rencontre avec Clélia Renucci

Avant d’être romancière, vous êtes essayiste et avez écrit Libres d’aimer : Les cougars dans la littérature. Comment ce sujet vous est-il venu ? Qu’avez-vous voulu montrer aux lecteurs ?

Avant d’être essayiste, j’étais littéraire et publicitaire, et c’est l’alliance de ces deux milieux qui m’a donné envie d’écrire ce livre.

Au moment où j’en ai eu l’idée, dans les années 2000, Madonna figurait régulièrement en Une des magazines, accompagnée de jeunes gens qu’on appelait alors ses toy boys, Demi Moore partageait la vie d’Ashton Kutcher, et la presse n’était pas tendre… Or, j’étais en train de relire Balzac et je me suis rendue compte que dans quasi tous les romans de la Comédie Humaine, des femmes se trouvaient dans la situation de séduire, ou plus souvent encore, d’être séduites par des hommes plus jeunes qu’elles.

Si le mot cougar était récent, l’attrait des femmes d’âge mûres pour les hommes en revanche, n’avait donc pas d’âge, et c’est pour rétablir cette vérité que j’ai eu envie d’écrire ce livre, pour montrer qu’à travers les siècles et dans bien des pays, ces héroïnes attirées par des hommes plus jeunes sont légion, des romans d’Alfred de Musset, Émile Zola, en passant par Colette, Françoise Sagan, Gustave Flaubert, Crébillon, Laclos ou Stefan Zweig…

Partant de l’analyse du cœur de ces grandes amoureuses, de ces vies construites et déconstruites, perdues ou gagnées, j’ai alors réuni les héroïnes de ces romans par affinités : initiatrices ou maternelles, séductrices ou inflexibles, insoumises ou toy ladies…. Tous ces destins faisant écho à nos incertitudes, à nos amours.

La Fabrique des souvenirs est votre dernier roman. On y rencontre Gabriel qui vit dans le monde que l’on connait avec une particularité : on peut acheter des souvenirs, et le vivre. Comment vous est venue cette idée ?

J’avais envie de parler du virtuel qui prend de plus en plus de place dans nos vies, et de prendre au mot ces notifications permanentes que nous recevons dans nos téléphones et qui nous enjoignent à apprécier tel souvenir et à la partager avec les personnes présentes dans le post ou la photo en question.

C’est ainsi que j’ai songé à cette « Fabrique des souvenirs », société dont j’ai imaginé la création dans les années 90, en même temps que la création de Google, et qui aurait rendu possible la transmission de nos souvenirs, son téléchargement et ensuite, sa mise en vente. D’abord dans des maisons de vente classiques donc, puis par le biais d’une application, puisqu’aujourd’hui on ne vit plus sans application.

Quel souvenir auriez-vous aimé acheter si vous viviez dans votre roman ?

Le premier souvenir acheté par mon héros, celui de Phèdre représenté à la Comédie Française en 1942, sous l’Occupation.

Dans votre roman il est aussi question d’amour… Gabriel, votre personnage principal, va tomber amoureux d’une femme dans un souvenir acheté. Comment va-t-il gérer cela ?

La possibilité de partager ses souvenirs était d’abord une idée, elle est ensuite devenue un fil conducteur pour créer un roman avec beaucoup de personnages aux personnalités contrastées.

Même si Gabriel se perd dans l’illusion, et qu’il est seul à le faire, la mobilisation de son amie Sara, de son frère, de son oncle et d’autres personnages encore, qui ne supportent pas de le voir renoncer à vivre, crée une fraternité autour de lui.

Va-t-il rester amoureux d’une illusion ? … comme une addiction dont il ne pourrait se libérer ou s’affranchir ? Qui l’aidera à prendre le risque du réel ? Son frère, ses amis, sa famille ? Le risque de l’amour vrai, d’une femme présente et incarnée ? Ce sont les questions que j’aimerais que le lecteur se pose…

Quelle(s) autre(s) question(s) avez-vous souhaité soulever dans ce livre ?

En écrivant La Fabrique des souvenirs, j’ai cherché à revisiter – à l’aune de notre monde – des grands thèmes de la littérature, l’amour impossible, bien sûr, mais aussi la création ou encore l’amitié, l’apprentissage, le rapport à la mémoire, la filiation.

Un personnage que j’aime beaucoup dans le roman, une dame très âgée qui a vendu ses souvenirs à la fin de sa vie, explique dans un long développement que transférer sa mémoire et la donner à tous lui a permis de s’alléger elle-même et de moins y penser. Et ce serait peut-être l’intérêt de cette application Mnemoflix que j’invente : créer un lien entre nous tous qui nous permettrait, par le partage, de se trouver nous-même.

Les arts sont des éléments qui vous tiennent à cœur, autant dans votre premier roman que dans la Fabrique des souvenirs. Pouvez-vous nous citer quelques musiques qui vous ont suivies pendant l’écriture de votre dernier roman ?

La musique me construit et m’a suivie pendant toute l’écriture du roman, puisqu’en passant dans ces temporalités différentes, je changeais de musique en même temps que je changeais de chapitre et ça me plongeait dans d’autres univers à chaque fois.

C’est le moyen que j’avais de différencier et de faire aimer mes personnes, de les comprendre : je décris l’atelier du luthier, à la fois très silencieux et d’une richesse sonore extraordinaire où résonnent Bach et Schumann, à l’opposé des fêtes que les frères organisent dans leur appartement parisien où les invités vibrent au rythme de Nirvana ou des Kings, et encore différent du bruit de Manhattan, des fêtes américaines, de Sleep No More à Burning Man, folie furieuse en plein désert du Nevada.

Si je ne décris pas l’atmosphère des lieux et des époques, je pense que je fais tout manquer, à moi et à mes lecteurs. Le romanesque pour moi, c’est d’abord une question d’ambiance, on se souvient des ambiances d’un livre, comme si on pouvait encore le ressentir, des ambiances et des couleurs, comme pour nos souvenirs d’ailleurs.

 

Entre lecteur

Le classique à avoir lu dans sa vie, selon vous ?

J’aime tellement les classiques que je pourrais vous en citer vingt, mais s’il ne fallait en choisir qu’un, je dirais À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Mais comment s’arrêter à un et oublier Les Misérables ou L’Homme qui rit d’Hugo, Pot-Bouille de Zola, Le Père Goriot de Balzac … ?

 

La pièce de théâtre qui vous passionne le plus ?

Je pense que ce serait Cyrano d’Edmond Rostand, mais là encore, j’aurais du mal à me réduire à une seule… On ne badine pas avec l’amour ou Lorenzaccio ne comptent-elles pas aussi parmi les plus grandes œuvres du répertoire ? Sans oublier les pièces de Racine, de Molière, et même Beckett ou Ionesco… Comment choisir ? C’est toujours ma difficulté !

Un livre de la rentrée littéraire que vous avez aimé ?

La Carte postale
La Carte postale d’Anne Berest. J’ai adoré ce livre qui en contient deux. Un roman superbement écrit et saisissant puis le récit d’une enquête qui nous émeut et nous transporte.

 


Découvrez le roman La Fabrique des souvenirs 

la fabrique des souvenirs

« C’était une partie de l’histoire du théâtre qu’il venait de sauver des limbes de l’oubli. Il ignorait qu’il s’apprêtait à bousculer l’histoire de sa vie. »

Dans un monde où les souvenirs se vendent et s’échangent grâce à une application révolutionnaire, Gabriel, amateur de théâtre, revit à plus d’un demi-siècle de distance la première de Phèdre en 1942 à la Comédie-Française. Dans la salle, il remarque une spectatrice dont la nuque l’envoûte aussitôt, et se lance dans une quête éperdue pour découvrir l’identité de l’inconnue. Oriane Devancière, violoncelliste de renom, va le mener aux sources d’un amour authentique. Original et virtuose, La Fabrique des souvenirs poursuit un fantastique voyage dans le temps et la mémoire, où l’auteure de Concours pour le Paradis célèbre, dans un subtil jeu de miroirs, la passion sous toutes ses formes.

****

Un roman qui promet une belle richesse culturelle avec ce mélange de tous les arts, une histoire d’amour intrigante grâce à ce concept original de voyager dans les souvenirs, et surtout une plume talentueuse avec Clélia Renucci.

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