interview christelle dabos

Interview Christelle Dabos

Interview Christelle Dabos

Vous êtes l’auteure à succès de l’univers fantasy La Passe-Miroir comprenant 4 tomes. Lu par des milliers de lecteurs à travers le monde, votre univers est devenu un incontournable de la fantasy jeunesse. Réalisez-vous le succès de vos livres ?

Je le réalise intellectuellement. On me montre des chiffres et même si je suis loin d’être une comptable dans l’âme, je comprends qu’ils sont conséquents. Et pourtant, rien à faire, c’est toujours la même hébétude quand je vois les files en dédicaces. Quand on parle de moi en tant qu’autrice, j’ai souvent l’impression qu’on parle de quelqu’un d’autre… et peut-être que c’est vrai, en un sens. J’ai lu aujourd’hui le message d’une amie qui disait, à propos du succès d’un livre, qu’il a été au bon endroit au bon moment entre les mains de personnes dans les bonnes conditions qui en parleront de la bonne façon. Et j’ai eu le sentiment que c’est un peu ce qui s’est produit avec la Passe-miroir. Ça n’a pas été un succès immédiat, c’est quelque chose qui s’est fait petit à petit, de bouche à oreille, au fil des tomes. Il y a eu le passage au format poche. Il y a eu les traductions. Il y a eu les libraires, les bibliothécaires, les documentalistes, le corps enseignant, les booktubeurs (pensée spéciale pour Emilie Bulledop) et bien sûr, les lecteurs et les lectrices eux-mêmes. De la transmission. Du partage.

Comment vous êtes-vous lancé dans l’écriture de cette série ?

Tête la première. En fait, à cette époque, j’écrivais depuis quelques années déjà, de façon plus ou moins habile… plutôt moins, disons-le. Je n’arrivais pas à trouver un univers bien à moi, dans lequel je puisse grandir, mûrir, expérimenter. J’avais toujours l’impression d’écrire « à côté ». C’était presque ça, sans jamais l’être vraiment. Quand la Passe-miroir a déboulé dans ma vie, j’étais en train de patauger dans un autre projet de roman et je m’extirpais chaque mot au compte-goutte. Et là, en une seconde, ça a été un big bang intérieur. Un monde éclaté s’est imposé à moi comme une évidence, comme s’il avait toujours été là, caché dans les coulisses, attendant d’être raconté. J’avais les personnages principaux, leurs familles, leurs arches, leurs pouvoirs, leurs décors, leur présence surtout. Il ne me manquait plus que l’histoire. Je n’ai pas attendu une seconde. J’ai rangé mon roman en cours dans un tiroir (il n’en est jamais sorti) et j’ai foncé en plein dans le miroir d’Ophélie. Je me suis donnée une seule consigne : lâcher la bride.

Comment avez-vous trouvé l’inspiration ?

Je suis tentée de dire que l’inspiration ne se trouve pas : c’est plutôt elle qui vient me trouver. Il y a une notion de souffle dans ce mot. Inspiration. On se remplit de quelque chose d’autre, on l’absorde, on le mêle à soi. Dans le cas de la Passe-miroir, j’avais respiré A la Croisée des Mondes de Philip Pullman, les films d’animation de Hayao Miyazaki (en particulier Le Voyage de Chihiro et Le château ambulant), les Harry Potter de J. K. Rowling, Jane Eyre de Charlotte Brontë et La Maison des feuilles de  Mark Z. Danielewski. J’avais aussi respiré la Belgique où je vivais depuis deux ans, ses mœurs, son atmosphère, ses briques, son wallon, de la même façon que j’avais respiré la Côte d’Azur où je suis née et où j’ai grandi. Il y a de tout cela, dans la Passe-miroir. C’est mélangé, c’est déformé, c’est transformé, mais c’est là.

Quel est votre personnage préféré ?

En fait, j’ai un peu de mal avec le concept même de la préférence. Ça implique de comparer et de mon point de vue, chaque chose tient à la fois de l’unique et de l’universel. Je le ressens pour les personnages de roman (les miens, ceux des autres) comme pour les personnes. Bien sûr, il y a des affinités, ce qu’on appelle des atomes crochus ; cette expression est si drôle ! Quand j’écris, je n’ai pas le sentiment de créer un personnage : c’est plutôt le personnage qui est en train de se créer à travers moi. Et il se produit presque toujours, à un moment ou à un autre, une phrase, un geste, une décision que le personnage va avoir à l’instant même où mes doigts tapent sur le clavier, alors que ce n’était pas du tout prévu au programme. Ça tient vraiment de l’émancipation, et c’est une expérience incroyable. Ça me l’a fait pour presque tous les personnages de la Passe-miroir et à chaque petit écart, je les ai aimés un peu plus.

Tout ceci pour dire : mon chouchou, c’est Thorn, bien sûr.

Celui qui vous ressemble ?

On me compare souvent à Ophélie. Nous sommes aussi myopes, mal coiffées et maladroites l’une que l’autre. Elle est mon reflet inversé : fragile au dehors, solide à l’intérieur ; moi, c’est plutôt le contraire. C’est de son point de vue, très majoritairement, que j’ai écrit la Passe-miroir. De la fausse troisième personne. Ophélie est sortie de mon miroir en 2007 et y est retournée en 2019. Douze années de coexistence au cours desquelles nous avons mûri ensemble, jusqu’à l’émancipation finale : la sienne, la mienne, je ne sais plus trop.

La vérité est que je tiens surtout de Farouk. Nous sommes tous les deux lents. Très. Très. Très. Lents.

Quel tome a été le plus difficile à écrire ? et le plus inspirant ?

Chaque tome a constitué un défi différent. Le premier est sans doute celui qui a été le plus réécrit depuis sa toute première version. J’ai écrit le deuxième après avoir été publiée : je me suis mise une pression folle, j’ai failli me perdre en chemin. Le troisième est peut-être celui qui s’est écrit le plus facilement, peut-être parce que je changeais de décor, de personnages, d’enjeux, d’ambiance. Quant au dernier, il est sans le moindre doute celui qui s’est le plus écrit dans la douleur : j’ai enchaîné les crises d’angoisse, j’ai fait de l’hypocondrie, j’avais l’impression d’écrire ma propre fin. Et en même temps, c’est celui qui a été le plus libérateur, j’y ai vécu des expériences intérieures extrêmement intenses.

Avez-vous reçu des projets d’adaptations ? (film, série, bande dessinée…)

Oui, Gallimard Jeunesse et moi-même avons été contactés plusieurs fois par des personnes intéressées par une adaptation audiovisuelles de la Passe-miroir. Actuellement, plusieurs options ont été posées, mais le contexte sanitaire actuel a engendré des complications et des retards. Promis, dès que quelque chose d’officiel se concrétise, je ferai une annonce !

Aurons-nous la chance de retrouver l’univers de La Passe Miroir dans un prochain livre ? (prequel…)

Je vais m’exprimer en tant que Christelle du moment présent : non. Je n’ai ni l’envie ni l’élan de retraverser le miroir. J’ai adoré écrire cette histoire. Elle fait partie de moi. Mais j’ai besoin d’écrire autre chose, autrement, autre part. Si je devais revenir maintenant sur la Passe-miroir, ce serait forcé, artificiel, et… je ne crois pas être capable d’écrire à rebrousse-moi.

Quels sont vos projets en ce moment ?

Je suis en mode bac à sable. Depuis que j’ai terminé la Passe-miroir, je me suis lancée dans différentes histoires expérimentales, au gré de mon plaisir et de mon inspiration, sans considération éditoriale, sans pression, et c’est exactement ce dont j’avais besoin. Pour le moment, je ne me pose pas de questions, j’y vais un mot après l’autre.

Pour ceux qui sont adeptes du format poche, savez-vous quand le tome 4 sera publié dans ce format ?

La Passe-miroir tome 4 version poche

Le quatrième et dernier tome de la Passe-miroir, La Tempête des échos, sortira en poche le 7 octobre 2021.

Interview Christelle Dabos : entre lecteurs

Quel est votre top 3 des livres que vous avez aimés ?

 

Seulement trois ? Je ne relis presque jamais un livre, je vais donc citer ceux qui ont fait exception à la règle. L’esprit de famille de Janine Boissard. La saga Malaussène de Daniel Pennac. Les Notes de Boulet.

Quel est votre dernier coup de cœur ?

Pendant le confinement, je suis tombée dans les bandes dessinées de Vanyda, de Valentine à Un petit goût de noisettes, en passant par Entre ici et ailleurs.

Quel livre fantasy conseilleriez-vous à un ami ?

Sans doute le tout premier que j’ai moi-même lu et qui m’a ouvert un nouveau monde : La Ballade de Pern de Anne McCaffrey.

Quelle est votre héroïne de roman favorite ? Et héro ?

Mon héroïne ? Frankie dans Ailleurs de Moka. Elle est à peu près tout ce que je ne suis pas, quel bonheur d’avoir un point de vue totalement inédit !

Mon héros ? Severus Rogue dans les Harry Potter de J. K. Rowling. Si, si, si, c’est un héros.

 

Interview Christelle Dabos : la passe miroir
 

La Passe-Miroir

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel. Une héroïne inoubliable, un univers riche et foisonnant, une intrigue implacable.

Découvrez le premier livre d’une grande saga fantastique et le talent d’un nouvel auteur à l’imaginaire saisissant.

Logo collibris

Bienvenue sur le blog de Collibris. N'hésitez pas à partager vos lectures sur l'application et les réseaux sociaux.
Bonnes lectures

Newsletter

Articles similaires

Les tendances décorations bibliothèque du moment

Grâce à Instagram ou encore Pinterest, on peut trouver différentes idées décorations pour nos bibliothèques en quelques clics ! On…

Lire plus
Sélection : livre dont l’histoire aborde un métier

Envie de vous glisser dans la peau d’un autre ? Et si on découvrait l’envers du décor de certains métiers…

Lire plus
Parole aux Collibris : à la rencontre de Juliet

Nous avons lancé dernièrement nos interviews dédiées aux abonnés Le Ptit Colli et vous avez été nombreux a adhérer au…

Lire plus