interview charye menetrier mcgrath

Interview Charlye MÉNÉTRIER MCGRATH

Interview Charlye Ménétrier McGrath

Charlye, pouvez-vous vous présenter à la communauté Collibris ?

Bonjour à toute la communauté Collibris. Alors par où commencer ? J’ai 42 ans. Je suis née dans le Sud de la France mais j’ai vécu la majeure partie de ma vie à Lyon. L’été dernier, avec mari et enfants, nous avons quitté notre ville de cœur, pour nous installer, dans un petit village en Drôme provençale. J’ai longtemps travaillé dans le milieu de la musique et également occupé des fonctions administratives dans l’enseignement supérieur. Depuis quelques mois, j’ai la chance d’être « autrice à plein-temps ». Pour des présentations plus intimes : j’aime jouer avec mes petits, ricaner avec mes amis, taquiner mon mari, le fromage, les poires, Iggy Pop, Patti Smith, Kundera,  Satie, les jeux de sociétés, les discussions interminables, le Jeux des 1000 euros sur Inter, le parfum de la fleur d’oranger…

 

Vous êtes l’auteure du livre « Les Sales Gosses » qui vous a fait connaître. Celui-ci a été découvert grâce au prix e-crire au féminin : pouvez-vous nous parler de cette aventure ?

Avant de participer à ce concours, j’avais commencé et abandonné des tas de romans. Depuis l’adolescence, je cultivais cette passion en secret mais je me disais : « plus tard, quand j’aurai plus de temps, je me lancerai ».  Et puis la vie passe et un jour, elle vous colle face contre terre et alors seulement, on mesure la fragilité de tout ça. Alors pour réparer ce qui devait l’être, j’ai décidé de tourner la roue et de me confronter à mon rêve, mon fantasme de jeunesse. J’ai bêtement tapé « concours de nouvelles » dans mon moteur de recherche, et je suis tombée sur celui d’e-crire au feminin. J’ai écrit et posté ma mini-nouvelle, dans la foulée. Pour être honnête, j’ai été lauréate, sans vraiment comprendre ce qui m’arrivait. Tout est allé très vite et j’avais l’impression que les étoiles s’alignaient comme par magie ; Certains appellent ça, la croissance post-traumatique. Les professionnels de l’édition rencontrés lors de la soirée de remise des prix m’ont donné leurs cartes de visite. Ils étaient curieux de lire ce que je pouvais produire sur plus de 3000 signes… J’étais aux anges mais j’avais un « petit problème technique : je n’avais pas l’ombre d’un roman en cours ! Alors je suis rentrée chez moi et je me suis mise au boulot. J’ai écrit Les Sales Gosses en huit mois, cinq jours par semaine, huit heures par jour. Entre la remise du prix et les premières réponses positives à la suite de l’envoi du manuscrit, il s’est passé moins d’un an. Cela a été très rapide, presque trop. Heureusement, parmi les personnes que j’ai rencontrées pour envisager une publication du roman, il y avait Florian Lafani (Fleuve Editions). Lui me proposait de prendre le temps, de ne pas nous précipiter, de vivre pleinement chaque étape de cette première publication. Il m’a tout de suite parlé de long terme, de construire une véritable carrière d’autrice. L’aventure est toujours en cours…

Par la suite vous écrivez Les Imbéciles heureux, récemment publié aux Editions Pocket. Une histoire d’amitié et de reprise en main. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’aurais pu appeler le roman « Résilience entre amis ». Non plus sérieusement, l’histoire commence 18 mois après le décès du mari de Florence (la petite fille préférée de Mamie Jeanne dans Les Sales Gosses). Elle arrive à cette étape de son deuil où elle doit choisir de vivre, de survivre ou de « sur-vivre ». Avec son mari, ses deux meilleures amies et son frère, ils formaient un groupe soudé depuis le lycée. Chacun vit son deuil à sa manière jusqu’à ce que Camille remette la main sur des bandes vidéos tournées lorsqu’ils avaient 16 ans. Face caméra, ils répondaient à la question « qu’est-ce que le Bonheur pour toi ? » Visionner leurs témoignages de l’époque les confronte à leur enthousiasme, leurs rêves de jeunesse, leurs projets, leur foi en la vie… toutes ces choses qui s’effritent voire disparaissent trop souvent, à mesure que nous construisons nos vies d’adulte. Ces bandes vidéos exhumées sont l’occasion pour eux de réinterroger leur vision du Bonheur, vingt ans plus tard.

Et pour vous, qu’est-ce que le bonheur ?

J’adorerais pouvoir vous répondre en quelques mots mais c’est la quête d’une vie et le cœur de mes trois romans.

Dans les Imbéciles Heureux, il y a un élément de l’histoire qui est autobiographique. Durant mes études, en 2001, j’ai moi-même interrogé et filmé, une quarantaine d’amis, des amis d’amis et même de parfaits inconnus en leur posant cette question : qu’est-ce que le Bonheur pour toi ? À croire que la question me taraude depuis longtemps. En 2019, complètement par hasard, j’ai remis la main sur ces entretiens filmés vingt ans plus tôt. J’étais au tout débit de l’écriture des Imbéciles Heureux et je voulais déjà traiter le sujet de la vie qui file, qui nous bouscule et qui, souvent, sans que l’on s’en rende compte, nous éloigne de nos rêves de gosses. En visionnant les bandes, j’ai été complètement bouleversé par toute cette intimité offerte par mes témoins. J’avais l’impression d’avoir consigné leurs rêves, leurs projections, leurs espoirs… toute leurs jeunesses dans mes images. C’est la source d’inspiration de mon roman mais aussi de ce qui sera, bientôt (je l’espère), mon premier film documentaire.  Le Bonheur, c’est le sujet le plus universel et, à la fois, le plus personnel qui soit.

Votre prochain roman, Les durs à cuire, sera publié en octobre 2021. Quels sont les thèmes abordés dans ce nouveau livre ?

Je me frotte, ici, à la transmission intergénérationnelle, à l’idée que l’on se construit en conformité ou en réaction, comme ou contre ce que l’on a reçu en guise d’héritage culturel durant l’enfance. Il y est aussi question de pardon et d’acceptation. En famille, on est toujours plus dur avec les siens, on les voudrait à notre image, toujours d’accord, parce qu’après tout, on partage une même histoire. Dans le fond, les membres de notre famille sont peut-être les personnes que l’on connait le moins. Chacun doit se conformer (ou non) à un rôle, la mère, l’enfant, l’aîné, le petit dernier, etc…. C’est tragiquement limitant. Le temps d’un week-end, les trois générations d’une même famille sont contraintes de partager le même toit et cela va, bien sûr, exacerber les vieilles rancœurs mais aussi permettre aux souvenirs plus doux de refaire surface. Il y est aussi question d’inclusion à l’école, de poupée Lol, de Greta Thunberg, de domotique… et de musiques bien sûr ! Tout un programme !

Est-ce qu’il y a un lien avec les deux précédents ?

Je crois, oui (là, c’est le moment où je comprends que je suis complètement obsessionnelle) ! Je m’interroge sans cesse sur les moyens de se libérer de ce qui nous empêche, nous réduit, nous limite, nous assigne et finalement nous éloigne de notre idéal de Bonheur. La grande question, c’est comment dépasser tout ça

Mais je pense que votre question est liée au fait que Les Imbéciles Heureux est un spin off des Sales Gosses. Pour Les Durs à cuire, j’avais besoin de créer une famille de toute pièce pour pouvoir remonter aussi loin que possible dans leur passé et leur histoire personnelle et commune ; comprendre ce qui les avait menés à « presque » couper les ponts. Je ne pouvais pas m’inspirer des personnages de mes deux précédents romans sans me trouver limité par des détails présents dans Les Sales Gosses et Les Imbéciles Heureux. Le seul lien, finalement, est que, bien que Les Durs à cuire se déroule dans un village à la campagne, les grands-parents et les parents de cette histoire ont grandi à Lyon. La Capitale des Gaules reste chère à mon cœur.

Les Imbéciles heureux

les imbéciles heureux
« Qu’est-ce que le bonheur, selon toi ? »
C’est la question que Camille avait posée à ses amis un soir de juin 1996, immortalisant leurs réponses grâce à sa fidèle caméra. Leur bande de lycée était devenue celle des « Imbéciles Heureux ».
Vingt ans plus tard, lorsqu’elle retrouve ces vieilles cassettes, les Imbéciles Heureux ne le sont plus tout à fait. Florence, Camille et Marie, femmes actives et mères de famille débordées, mènent leur quotidien à mille à l’heure et serrent les dents face à la séparation, au deuil ou au burn-out… Confrontées à leurs anciens rêves et à leurs choix d’aujourd’hui, les trois amies décident de reprendre leur destin en main. En commençant par un nouveau défi fou: réunir la bande !

Interview Charlye Ménétrier McGrath entre lecteurs

Quel livre sur l’amitié vous a le plus marqué ?

L’amie prodigieuse, la tétralogie d’Elena Ferrante, sans hésitation. J’ai adoré chaque tome. J’ai aimé être balloté sans cesse entre compassion et exaspération pour l’une ou l’autre mais aussi les ambiances, l’affection malgré les trahisons, les paysages, les parcours de vie de tout les personnages secondaires. J’ai aussi adoré l’idée de départ « tu veux disparaitre alors j’écris notre histoire », les deux femmes s’aiment mais se contrarient jusque dans la forme choisie par Elena Ferrante pour placer son récit. C’est une idée brillante !

Quel(le) est l’écrivain(e) dont vous aimez la plupart de ses livres ?

Milan Kundera. Je suis fascinée par sa manière de mêler le tragique et le comique. C’est l’auteur qui m’a fait « tomber » dans la lecture. J’ai lu Risibles Amours à 14 ou 15 ans et je n’ai plus cessé de lire après ça. Je relis ces romans régulièrement depuis 25 ans.

J’aime aussi l’œuvre de Virginie Despentes et je suis complètement sous le charme de la plume de Delphine de Vigan.

Quelle est votre lecture du moment ?

Justement, je viens de terminer Les enfants sont rois, le dernier De Vigan. C’est un immense coup de cœur. Le sujet n’est pas seulement d’actualité, il est aussi un vrai problème de société et comme à son habitude, l’autrice le maitrise parfaitement et m’a complètement embarqué dans son récit.

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