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Enguerrand Guépy rend hommage à Patrick Dewaere dans « Fauve »

Metteur en scène de théâtre, auteur dramatique et romancier, Enguerrand Guépy publie en octobre 2016 son quatrième roman « Un fauve » aux éditions du Rocher.

Dans ce livre, il s’immisce dans les pensées de l’indomptable Patrick Dewaere et nous raconte son ultime journée. Une journée qui, pourtant, devait sonner le renouveau de la carrière de l’enfant terrible du cinéma français. Il n’était qu’à quelques heures d’entrer sur le plateau de tournage et d’incarner Marcel Cerdan sous la direction de Claude Lelouch.

Mais en cette journée du 16 juillet 1982, du cristal s’est brisé. Patrick Dewaere met fin à ses jours.

«Non, ce n’était pas un fauve ni un fou. C’était juste du cristal», Claude Lelouch.

A travers ce roman, Enguerrand Guépy rend un très bel hommage à ce « fauve en réalité si vulnérable, cet écorché vif ».

Je remercie très chaleureusement Enguerrand Guépy pour l’interview qui suit.

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Pouvez-vous nous parler de vous, de votre parcours ?

Je suis né en Nouvelle-Calédonie où j’ai passé les cinq premières années de ma vie avant d’arriver avec mes parents à Paris. J’ai eu une enfance plutôt heureuse jusqu’au départ de mon père qui a ouvert une séquence de ma vie que je qualifierais « de compliquée », séquence que je raconte dans mon premier roman « L’effervescence de la pitié ». En effet, j’ai peu à peu sombré dans la délinquance juvénile. Je m’en suis sorti grâce à la littérature et plus précisément trois auteurs que j’appelle les 3B : Baudelaire, Brassens et surtout Bloy dont la lecture de la première page du « Mendiant ingrat » m’a sidéré et convaincu de ma vocation d’écrivain. Par la suite, j’ai réussi à réintégrer une filière classique. J’ai suivi des études de lettres à la Sorbonne puis je me suis lancé dans le théâtre en créant une compagnie-la compagnie Balthazar Claës-où je montais surtout mes textes.

Comment vous est venue l’idée de votre nouveau roman « Un fauve » ?

Il m’a semblé que le « mythe Dewaere » était un champ encore inexploré par la littérature et qu’il méritait qu’on s’y attaque. J’avais de plus un certain nombre de raisons personnelles de m’y intéresser. Dewaere et moi, nous avions en quelque sorte rendez-vous.

D’où vous vient votre passion pour Patrick Dewaere ?

Enfant, j’ai été marqué par l’annonce de son suicide. J’ai eu le sentiment que c’était quelqu’un de ma propre famille qui venait de disparaître, que Dewaere et moi nous nous étions toujours connus. Par la suite, je n’ai pas forcément vu beaucoup de films dans lesquels il jouait mais à chaque fois qu’il était évoqué dans les médias, j’étais toujours extrêmement ému. Je pense notamment au film documentaire de Marc Esposito pour l’anniversaire des 10 ans de sa disparition. Et puis, les circonstances de la vie m’ont amené à croiser des gens qui l’avaient bien connus. La grande rencontre, c’est celle d’Yves-Marie Maurin, l’un des frères de Dewaere, que j’ai dirigé sur l’une de mes pièces. C’est à ce moment-là que j’ai découvert Dewaere dans l’intégralité de sa filmographie et que son génie m’a ébloui.

Dans ce roman, vous vous autorisez à vous immiscer dans ses pensées. Un exercice difficile ?

Bien sûr ! Difficile parce que vivre au quotidien avec une figure comme celle de Patrick Dewaere est particulièrement difficile. Mais ce qui était le plus difficile pour moi, c’était comment utiliser au mieux l’histoire officielle et en sortir quelque chose qui ne soit pas une simple évocation ou une bio déguisée. Car dans ce texte, il s’agit bien de mon Dewaere et que du mien. Je suis toujours un poil agacé quand on parle de mon roman comme d’une biographie romancée ou d’une fiction documentaire. Je comprends que l’on soit tenté de le définir ainsi mais je crois qu’en procédant de la sorte on passe à côté de la construction du texte. Par exemple, on occulte complètement qu’ »Un Fauve », c’est aussi un portrait de Lelouch et une réflexion plus globale sur le théâtre et le cinéma, la malédiction et la mort. On est à la fois dans le mythe grec – le héros subissant le fatum – et le prolongement de la réflexion de Diderot élaborée dans « Le Paradoxe du comédien » – c’était un acteur exceptionnel mais pour autant est-ce ainsi qu’il faut jouer la comédie ?

Vous avez pris le parti de ne raconter que les dernières heures de l’artiste. Pourquoi ce choix ?

Sans doute qu’il y avait là une belle unité de temps ; mais en vérité, je n’ai pas réussi à faire autrement. Je crois qu’avec ce personnage on ne pouvait pas finasser. J’ai pourtant essayé. Il y a eu de nombreuses mais infructueuses tentatives pour que la narration prenne un autre cours. Mais à chaque fois j’étais ramené à cette fameuse dernière journée. Dewaere, c’est sur un ring de boxe que cela se règle. Pas moyen d’échapper au face à face avec tous les risques qui en découlent. Cependant, c’est ce qui m’a plu. Le fait que je ne puisse pas me défausser, qu’il y ait défi et puis lutte.

Après « Les Valseuses », film qui l’a révélé aux côtés de Miou Miou et de Gérard Depardieu, Patrick Dewaere semblait omnibulé par sa rivalité avec Gérard Depardieu… Comment percevez-vous cette rivalité ?

Oui et non. Oui, parce qu’il était évident qu’il souffrait d’être considéré comme le numéro deux. Non, car à ma connaissance il n’a jamais estimé que le succès de Depardieu soit une injustice. En revanche, Il ne comprenait pas pourquoi la profession le boudait tant dès qu’il était question des récompenses. Du moins, jusqu’à l’affaire du coup de poing à l’encontre de Patrice de Nussac. Après il a subi une douloureuse loi du silence. Aujourd’hui tout cela nous paraît anecdotique mais il faut s’imaginer à l’époque le retentissement du scandale avec un acteur de ce calibre obligé de venir demander pardon à la France entière au journal de 20h. Pour en revenir à votre question et à la rivalité avec Depardieu, tout se noue et se joue dès « Les Valseuses ». Dans le film de Blier Dewaere et Depardieu ont alors la même corpulence. Dewaere convînt Blier qu’il doit jouer son personnage en dedans afin que celui de Depardieu paraisse plus costaud et jovial. Quand on connaît la suite de l’histoire, on peut dire « funeste décision… »  Leur carrière est à tout jamais marquée par ce choix initial. Depardieu restera le virevoltant et vigoureux Jean-Claude et Dewaere le taciturne et touchant Pierrot. Souvent je me demande si Dewaere l’avait joué différemment, aurait-il échappé à son destin tragique ? Mais j’arrive toujours à la conclusion que les choses ne pouvaient pas se passer autrement.

L’écriture de ce roman vous a-t-elle demandé un long travail de recherche et de préparation ? Quelles en ont été les différentes étapes ?

Oui, ce projet et tous mes amis le savent, cela fait plus de 15 ans que j’en parle. C’était devenu un jeu entre nous, mon « Arlésienne ». Ma chance, c’est d’avoir côtoyé Yves-Marie Maurin pendant près d’un an et d’avoir ainsi respiré une atmosphère «  Dewaere » . Après, j’ai vu tous ses films et lu tout ce que je pouvais trouver sur lui. Mais entre le moment de cette mise en scène avec Yves-Marie -nous sommes quittés un poil fâchés- et le début de l’écriture du roman, près de dix ans se sont écoulés. Je crois que j’avais besoin de digérer Dewaere et tout ce qui l’accompagnait. Une fois lancé, j’ai revu quelques reportages mais me suis tenu relativement à l’écart de toute documentation. Je devais procéder à un autre travail ou plutôt commencer le match comme je vous l’expliquais précédemment. Un long match à l’ancienne du temps où les combats duraient 15 rounds avec un adversaire coriace.

On dit souvent qu’on est ce qu’on lit. Et vous, que lisez-vous ?

Je viens de terminer la correspondance entre Klaus Mann et Stefan Zweig parue chez Libretto. Actuellement je relis les romans de John Fante et des textes théoriques sur le théâtre comme « Le Comédien désincarné » de Jouvet. En prévision, la bio inédite que Guy Darol a consacrée à Zappa et qui vient de sortir en poche.

Un mot de votre actualité 2017 : séances de dédicace ? Salons ? …

Oui, un certain nombre de salons et de dédicaces prévus. A la médiathèque de Draguignan le 21 janvier, le salon du livre d’Ile-de-France à Mennecy les 4 et 5 février, les écrivains du Sud à Aix-en-Provence début mars, le printemps du livre de Montaigu en Avril, le salon du livre et du vin à Saumur en mai…

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Je remercie très chaleureusement Enguerrand Guépy pour sa gentillesse et disponibilité.

« Un Fauve », Enguerrand Guépy, éditions du Rocher, 20 octobre 2016

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Du 21 au 25 janvier, tentez de remporter une exemplaire de « Un Fauve » de Enguerrand Guépy en participant à notre jeu concours Pierre / Feuille Ciseaux !

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