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Enflammez-vous pour Gaëlle Nohant !

Enflammez-vous pour Gaëlle Nohant, l’auteure de La Part des flammes :

« 4 mai 1897. Autour de l’épisode meconnu du tragique incendie du Bazar de la Charite, La Part des flammes mêle les destins de trois figures féminines rebelles de la fin du XIXe siècle : Sophie d’Alençon, duchesse charismatique qui officie dans les hôpitaux dédiés aux tuberculeux, Violaine de Raezal, comtesse devenue veuve trop tôt dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, et Constance d’Estingel, jeune femme tourmentée, prête a se sacrifier au nom de la foi.
Qu’ils soient fictifs ou historiques (la duchesse d’Alencon, née duchesse de Bavière, est la soeur de Sissi), Gaëlle Nohant donne vie et chair a ses personnages dans une histoire follement romanesque, qui allie avec subtilité émotion et gravité. Tout à la fois porté par un souffle puissant, littéraire et généreux, La Part des flammes, nous entraîne de rebondissements en révélations à la manière d’un roman feuilleton. »

La Part des flammes avait fait le buzz avant même sa sortie ! Quoi de plus logique donc, pour moi, que de partir à la rencontre de l’initiatrice de ce phénomène ; j’ai nommé : Gaëlle Nohant !

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Que s’est-il passé le 4 mai 1897 au Bazar de la Charité ?

Le 4 mai 1897, se tenait à Paris, rue Jean Goujon dans le quartier des Champs Elysées une vente de charité ultra mondaine, dans une sorte de hangar de 200 m2 luxueusement décoré. L’attraction la plus fascinante dans ce lieu était un des premiers prototypes de cinématographe. Malencontreusement, des employés du cinéma ont enflammé des vapeurs d’éther et mis le feu à tout l’édifice, qui a brûlé en moins d’un quart d’heure, faisant près de 130 victimes, essentiellement des femmes, et quantités de blessés.

D’où vous vient cet intérêt pour l’affaire de l’incendie du Bazar de la Charité ?

C’est un fait divers qui symbolise parfaitement ce qu’est en train de vivre la société française à la fin du XIXème siècle : une décadence et une renaissance possible. La mort de certaines choses du passé, et dans le même temps une modernité qui va si vite qu’elle laisse certaines personnes sur place. En 1907, cet incendie eut sur l’opinion internationale le retentissement du Titanic, et il cristallise toutes les tensions de cette époque passionnante, la condition féminine, l’emprise de la religion très janséniste de l’époque, les querelles politiques et sociales, la question de l’hystérie… Mais ce qui m’intéressait le plus, c’était que cette catastrophe collective permettait de révéler tous les personnages à eux-mêmes, c’était aussi un catalyseur, un accélérateur de métamorphoses intimes pour chacun d’eux. Tous les personnages seront changés à jamais par cet incendie, en général pour le mieux, et cette catastrophe fait tomber certaines barrières entre eux, permet à des gens de se rencontrer, à des aventures de se nouer. C’était une merveilleuse matière romanesque !

L’écriture de La part des flammes a sans doute nécessité de nombreuses recherches. Comment avez-vous procédé ?

J’ai passé quatre ans à faire des recherches en tout genre sur Gallica, la banque de données numériques de la BNF. J’ai lu toutes sortes de documents et compulsé la presse d’époque, une vraie mine d’or d’informations, qui plus était un régal à lire car les journalistes de l’époque avaient des plumes remarquables et ne versaient pas dans le politiquement correct ! Au fur et à mesure que mon histoire naissait et se développait à l’écriture, je la nourrissais avec les informations dont j’avais besoin. Ce qui m’importait le plus était de capturer l’esprit de l’époque, pas de donner une leçon d’histoire. Ce qui comptait le plus à mes yeux c’était raconter une histoire avec des personnages crédibles, auxquels on puisse croire et s’attacher.

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Le sujet et l’époque ont-t-ils eu une incidence sur votre style d’écriture ?

Je considère le style comme une matière mouvante, vivante. J’aime adapter mon écriture à l’histoire que je raconte, et je dirais que ça se fait naturellement, instinctivement. Pour la Part des flammes, à force de baigner dans les documents d’époque j’ai fini par parler la langue… Pour raconter une histoire qui se passe en 1897, il me paraissait logique d’employer des mots d’époque (car l’esprit d’époque est aussi dans le langage) mais j’ai cherché l’épure, quelque chose qui soit le plus limpide possible, au service de l’histoire et des personnages. Il y a aussi beaucoup de dialogues, car les gens de ce temps-là se définissent beaucoup par leur façon de s’adresser les uns aux autres.

La Part des flammes mêle les destins de trois figures féminines rebelles de la fin du XIXe siècle. Pouvez-vous nous les présenter en quelques mots ?

Il y a d’abord Violaine de Raezal, qui est une veuve de trente ans qui a commis une erreur de jeunesse qui l’escorte comme une aura scandaleuse. Elle veut au début du livre être acceptée parmi les vendeuses très chic du Bazar de la charité, dans l’espoir d’y gagner un peu de respectabilité. Constance d’Estingel est une jeune fille de vingt ans, au caractère profondément indocile, qu’une mère peu aimante a placée en pension chez les soeurs, pensant la rendre plus souple et malléable. Mais elle s’est trompée ! Constance vient de rompre ses fiançailles quand le roman commence, elle pense être destinée à Dieu et est sous l’emprise d’une mère supérieure qui l’a prise en affection. Enfin, la duchesse d’Alençon est la dernière petite soeur de Sissi, l’impératrice d’Autriche. Elle a cinquante ans quand on la rencontre, elle est le personnage le plus titré et le plus charismatique de cette assemblée mondaine, mais elle cache nombre de secrets comme on le verra. C’est un personnage très romanesque.

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Comment s’est mis en place le choix de ces personnages ?

Au départ j’avais en tête deux personnages de femmes qui traverseraient ce feu, une pour suivre une trajectoire très positive et constructive, l’autre qui aurait une destinée plus douloureuse et traumatique. Et puis je me suis attachée à Constance à l’écriture et j’ai espéré que je pourrais la sauver du sombre destin que je lui avais imaginé. Je n’étais pas du tout sûre d’y arriver, car le roman suit sa propre logique et je ne peux rien y changer si des événements tragiques doivent advenir… La duchesse d’Alençon a pris une place toute particulière dans le roman à mesure que je découvrais sa vie fascinante. Le cocher, Joseph, est inspiré d’un vrai cocher de l’époque qui a sauvé nombre de femmes le jour de l’incendie. Laszlo, lui, est un homme qui n’est pas misogyne dans une époque qui l’est terriblement. Il est inspiré de Bram Stocker, et aussi un peu du Hussard sur le toit de Giono, qui a eu une mère rayonnante qui le trouve toujours trop sage et trop prudent pour elle…

Après cet événement tragique, qui a ému la France mais également l’Europe, on a parlé de « suicide de la galanterie française ». Pouvez-vous nous en dire plus sur ce point ?

Tandis que les maçons, les ouvriers, les palefreniers et les cochers qui travaillaient dans le coin se sont précipités, n’écoutant que leur courage, au secours des victimes, les hommes du monde ont été accusés de s’être «mal conduits», d’avoir sauvé leur peau en piétinant ces dames. Le Bazar, il faut dire, était devenu un piège mortel en quelques minutes. En tous les cas il y a eu des duels après l’incendie, liés à cette accusation.

De nos jours, les événements font souvent l’objet de récupération politique. Était-ce le cas à l’époque ?

Bien sûr ! L’Eglise en particulier, à l’époque, a décrété que cet incendie était la punition divine pour le péché qu’incarnait la République, et la République, quant à elle, s’est hâtée de remettre des médailles et des légions d’honneur à ces «sauveteurs du bon peuple», qui avaient porté secours aux comtesses au péril de la vie, y voyant une preuve éclatante que la République était un bon régime politique, puisqu’il permettait l’entraide entre les classes sociales.

Pourquoi ce titre La Part des flammes ?

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Quand les pompiers arrivent sur le lieu d’un incendie, ils déterminent «la part du feu», c’est à dire la part qu’ils devront laisser brûler s’ils veulent sauver le reste. Dans mon roman, c’est aussi une métaphore : tous les personnages doivent laisser brûler une partie d’eux-mêmes, c’est le prix pour survivre, renaître, avancer et conquérir leur liberté.

A la lecture de votre livre, on ne peut s’empêcher de penser à l’oeuvre de Marcel Proust À la recherche du temps perdu. Est-ce l’une de vos sources d’inspiration ?

J’ai une admiration immense pour Proust et pour la Recherche, mais je me suis bien gardée de le relire quand je travaillais à ce roman, sinon je ne l’aurais jamais écrit ! Proust a tellement de talent pour décrire ces salons mondains, le snobisme de ces dames, la mélancolie et l’humour sont présents à chaque ligne.. Nous traitons la même époque, c’est vrai, mais il est tellement plus brillant ! Je n’ai pas plus relu Balzac ou Zola, ni Barbey d’Aurévilly, mais tous ces auteurs font partie de moi depuis l’adolescence et il est sûr que j’ai souvent pensé à eux en décrivant ce monde très inégalitaire, volontiers cruel, où l’on rit souvent mais qui peut aussi serrer le coeur.

La part des flammes était très attendu… Un véritable succès avant même sa sortie. Une success story selon vous ?

Une histoire de bonne étoile, plutôt. Avant de connaître le succès, ce livre a traversé un long désert et quelques tribulations. A la sortie de son long tunnel, il a rencontré sa marraine en la personne de Tatiana de Rosnay et quelques bonnes fées comme Héloïse d’Ormesson ou Véronique Cardi, qui ont crû en lui dès le début et ont éclairé sa route ! Aujourd’hui c’est une belle histoire, jalonnée de belles rencontres avec les libraires et les lecteurs.

Compte tenu du succès de votre roman, comment envisagez-vous le prochain ? Pas trop de pression ?

Ah si, une pression record ! Je sais que pour la première fois que je serai attendue. Mais la pression n’est pas que négative, c’est aussi une adrénaline qui permet de se dépasser. Or je ne choisis que des sujets romanesques qui m’obligent à progresser d’un livre à l’autre et à me dépasser, à élargir mes limites étriquées. Je marche au défi, et je peux vous dire que mon prochain roman est un défi de taille ! La pression sera donc mon carburant, durant les prochains mois.

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Nous remercions très chaleureusement Gaëlle Nohant pour le temps qu’elle nous a accordé et je vous conseille « chaudement » la lecture de La part des flammes !

Je remercie également Dahlem et Denis Arnoud pour leurs critiques élogieuses de ce captivant roman historique qui, une fois entamé, ne peut plus être lâché !

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La part des flammes est publié aux éditions Héloïse d’Ormesson

La part des flammes est disponible au format Ebook

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