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L’interview de Marie Charrel pour « Les enfants indociles »

Journaliste au journal Le Monde, Marie Charrel a publié son premier roman « Une fois ne compte pas » en 2010 (éditions Plon).

S’en suit « L’Enfant tombée des rêves » en 2014 (Plon).

Elle confirme alors son talent à explorer l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus insaisissable et fantaisiste. 

Son dernier ouvrage, Les Enfants indociles, est paru en 2016 aux éditions Rue Fromentin puis en 2017 aux éditions Pocket. Et nous en sommes tombés amoureux !

Les enfants indociles de Marie Charrel

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Cap ou pas cap ?

Un matin, en partant au journal pour lequel elle écrit des horoscopes, Claire Jarnon reçoit une énigmatique enveloppe portant l’inscription «Cap ou pas cap ?» Le message est signé de sa grand-mère, un écrivain célèbre. La même journée, Claire apprend que la vieille dame a disparu et reste introuvable.

De nouvelles enveloppes arrivent alors, toujours avec le même message.

Au fil des épreuves imaginées par la vieille dame, parfois ludiques, parfois cruelles,  Claire croise des personnages extravagants qui feront de son parcours une véritable quête initiatique. Cette aventure la poussera à combattre ses peurs. Et surtout, à affronter le drame qui a bouleversé son enfance…

« Les enfants indociles » est roman que l’on referme avec la furieuse envie d’oser les joies qu’on s’interdit ! Il nous donne envie de sortir plus souvent de notre zone de confort et ça fait du bien !

Alors cap ou pas cap ?

L’interview de Marie Charrel

Bonjour Marie. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots et nous parler de votre univers littéraire ?

Je suis auteure, journaliste et exploratrice des mondes intérieurs. Mes trois premiers romans évoquent la question des liens familiaux, des secrets, des choix de vie. Avec toujours, une large place accordée à l’imaginaire. J’aime aborder les sujets graves avec légèreté.

Votre dernier roman « Les enfants indociles » a été sélectionné par le comité éditorial du Ptit Colli. Certains lecteurs auront donc la chance de le recevoir dans leur box littéraire.

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– Quel message souhaiteriez-vous leur adresser ?

De ne jamais rien prendre trop au sérieux. La vie est trop courte.

– Comment leur présenteriez-vous ce livre ?

« Les enfants indociles » sont à la fois un jeu de piste, une aventure, une quête initiatique parfois joyeuse, parfois douloureuse. Un matin, Magda disparaît de sa maison de retraite. De là où elle se cache, elle lance des défis à sa petite fille Claire. Ils sont d’abord un peu fous, puis de plus en plus durs : porter des chaussures à  talons très hauts, poser nue, démissionner… Claire se prend au jeu, convaincue que cela lui permettra de retrouver sa grand-mère. Au fil des défis, elle affrontera les blessures de son passé. Notamment celles liées à son père, qui s’est évaporé lorsqu’elle était enfant. Peu à peu, elle se libérera des maux qui l’empêchaient de vivre.

D’où vous est venue l’excellente idée d’utiliser le jeu « cap ou pas cap » comme fil rouge de votre roman ?

Je désirais que cette quête démarre dans la joie. Mais aussi qu’elle se tisse autour de la relation entre Claire et sa grand-mère, qui l’a élevée. Quoi de mieux qu’un jeu d’enfant pour cela ? Mais très vite, ce n’est plus tout à fait un jeu d’enfant.

Selon vous, faut-il être mis au défi pour se dépasser et se (re)trouver ?

J’en suis convaincue. Pour survivre à nos blessures, nous nous enfermons peu à peu dans une routine, des schémas de pensée, des relations parfois déséquilibrées, parce que cela nous rassure et nous protège, d’une certaine façon. Mais cela empêche d’avancer, aussi. Il est plus facile de se complaire dans la douleur et la nostalgie que de faire table rase pour repartir de zéro. Comment briser le cercle, enclencher le mouvement indispensable pour entamer une réflexion sur soi ? Sans un événement extérieur, c’est très difficile. Lorsqu’un défi nous pousse à nous dépasser, nous posons un regard différent sur le monde. Nous faisons un pas de côté qui peut, parfois, faire tomber les barreaux intérieurs.

Cap ou pas cap ? Est-ce que vous souhaiteriez que l’un de vos proches vous lance de tels défis ? Oseriez-vous les relever ?

Oui, à condition qu’ils soient bienveillants, comme ceux de Magda. Se remettre en question, douter de soi est un préalable indispensable pour avancer. Tenter de devenir une meilleure personne. Il n’y a pas d’âge pour cela.

Entre jeu de piste et réflexion sur le sens de la vie, « Les enfants indociles » apparaît comme un véritable voyage initiatique. Finalement, c’est une thérapie que vous nous proposez ! ? (rires).

Je dirai plutôt une réflexion ! Je crois que les livres aident à cela : réfléchir, grandir, tout en se divertissant. D’un point de vue personnel, je suis devenue plus forte grâce aux livres. Certains m’ont sauvé la vie, comme « Le mythe de Sisyphe », d’Albert Camus, ou « Professeurs de désespoir », de Nancy Huston. Plus modestement, « Les enfants indociles » rappellent cela : il suffit parfois de changer un peu le regard que l’on porte sur sa propre vie pour être en mesure d’accomplir des choses incroyables.

Que pouvez-vous nous dire sur Claire et Magda ? Comment leur avez-vous donné vie ?

Claire ressemble à beaucoup de jeunes d’aujourd’hui, appartenant à cette génération qui a grandi avec un discours angoissant sur le chômage, les « filières sans débouchés », la nécessité de choisir des études menant à un « vrai métier ». La crise, qui n’en finit pas. Un désenchantement teinté de renoncement. Il est difficile de rêver et de s’épanouir dans de telles conditions. Cela peut même se révéler opprimant. Au début du roman, Claire est prisonnière de cette tristesse asséchante. L’effronterie de Magda l’aidera à trouver une forme de légèreté.

Je me suis en partie inspirée de ma relation avec ma grand-mère pour évoquer les liens entre Magda et Claire. Je suis fascinée par cela : les liens qui se tissent entre les enfants et leurs grands-parents. Forts, libres, très différents de ceux noués avec les parents. Avec quelque chose de l’ordre de la transmission. De l’urgence et de l’apaisement. Un amour brut.

Vous abordez le pouvoir de la musique. Quel est-il justement ?

Il est puissant. Je fais partie des personnes qui, lorsqu’elles écoutent certains morceaux, ont la chair de poule – c’est-à-dire une réaction physique, littéralement, aux notes. C’est une expérience forte. Presque animale, puisque échappant à tout contrôle. La musique est une nourriture. Une muse. Un voyage. Elle a le pouvoir d’amplifier les émotions. De rendre courageux, d’intensifier la mélancolie ou au contraire de la balayer. Chacun de mes livres est inspiré des morceaux écoutés lors de l’écriture. La musique rend la vie plus belle et plus vraie.

Recherche de la vérité, quête de soi, secrets de famille, enfance… sont des thèmes qui vous semblent chers. Pourquoi un tel intérêt ?

Notre identité est façonnée par les expériences de l’enfance. Lorsqu’une famille est travaillée par un secret, c’est-à-dire un décès tragique, un suicide, un adultère, ou tout événement que l’on croit bon de taire, les enfants le sentent. Ils sont des éponges. Les non-dits qu’ils ne comprennent pas influencent leur développement d’une façon ou d’une autre. Ils peuvent parfois en être les prisonniers. Comprendre, explorer ces non-dits permet de s’en libérer. La liberté est dans la connaissance. D’un point de vue littéraire, les secrets de famille et l’enfance offrent des ressorts romanesques très forts, fascinants à explorer.

Dans chacun de vos romans, le vocabulaire utilisé est très riche. Au-delà de leur signification, les mots que vous choisissez ont une aura, une réelle résonance. Etudiez-vous leur généalogie ? Quels sont vos secrets d’écriture ?

La généalogie des mots est un sujet passionnant. Chacun d’entre eux est le fruit de métissages. Ils ont voyagé, grandi, se sont transformés au fil des décennies. Beaucoup ont des racines étrangères. Prenez par exemple le prénom Eugénie. Il vient du grec ancien ‘eugenia’, qui signifie « bien-née ». C’est beau. Mais cette racine a également donné le terme eugénisme, aujourd’hui connoté négativement.

Les mots sont des personnages. Revenir à leur racine permet de comprendre notre langue en profondeur. De l’habiter. De l’utiliser différemment.

Il y a quelques années, j’ai découvert les livres d’Assia Djebar. Ce fut un choc. Son usage du français illustre son déracinement, son écartèlement entre deux cultures, française et algérienne. C’est très difficile à exprimer, mais en lisant ses mots, j’ai eu le sentiment de redécouvrir ma propre langue.

Vous n’êtes pas qu’auteure, vous être également journaliste économique. Ce sont deux facettes qui semblent s’équilibrer à la perfection. Pourriez-vous être l’une sans l’autre ?

Probablement pas. Le journalisme me permet de garder un pied dans la réalité. L’écriture romanesque me permet de lui échapper. Ce sont les deux faces d’une même pièce, mais pas seulement. Si l’écriture journalistique et l’écriture littéraire sont très différentes, elles s’enrichissent mutuellement. Je l’ai expérimenté lors du travail sur mon prochain roman, où les outils journalistiques, notamment d’enquête, se sont infiltrés dans le récit romanesque.

Que pouvez-vous nous dire sur votre prochain roman ?

Il sera très différent des trois premiers – mais l’on y retrouve les thèmes qui me sont chers : secrets de famille, enfance, quête de soi. Ce roman s’inspire de la vie d’une peintre au destin extraordinaire, une aventurière qui a traversé la première moitié du vingtième siècle, a sillonné l’Afrique du Nord et l’Europe, avec une grande liberté. Sa vie s’est achevée tragiquement, en déportation. J’ai tenté de comprendre sa liberté. « Je suis ici pour vaincre la nuit » sort le 24 août prochain, chez Fleuve.

Un petit portrait chinois ça vous tente ?

Que seriez-vous si vous étiez :

– un livre : « La promesse de l’aube », de Romain Gary.

– l’un de vos personnages : Ceija, la vieille tsigane aveugle et totalement incorrecte des « Enfants Indociles ».

– une peur : le syndrome de l’imposteur.

– un bruit : Le souffle du vent dans la cime des arbres.

– un objet : un vélo.

– un défi : Carpe Diem.

– une invention : l’écriture.

– une émotion : le vacillement.

– un animal : une hirondelle.

– un lieu : un fjord islandais.

– un adage : « Les premières places ne sont pas intéressantes, celles qui m’intéressent, ce sont les places à part ». Jean Cocteau, Les Enfants Terribles.

On dit souvent qu’on est ce qu’on lit. Et vous Marie, que lisez-vous ?

Je suis toujours plongée dans la lecture de plusieurs ouvrages en parallèle – certains dans le cadre de mes recherches d’écriture, d’autres, pour le plaisir. En ce moment, je lis dans « La prochaine fois, le feu », de James Baldwin, « Garbo », de Guillaume de Fonclare, et « Chroniques de la dernière révolution », d’Antoni Casas Ros, un auteur que j’aime énormément. Enfin, je viens de terminer « Femme absolument », d’Adeline Fleury. Une réflexion intelligente sur ce qu’est être femme et féministe aujourd’hui.

Un mot de votre actualité 2017 : séances de dédicace ? Salons ? …

Samedi 10 juin, vers 17h, je lirai un extrait de « Chien Blanc », de Romain Gary, lors de l’événement « Et vous, que lisez-vous ? », à l’espace des Blancs Manteaux (Paris IVe). Toute la journée, des artistes, auteurs, étudiants, commerçants, liront des textes qui les ont marqués. Ce sera un beau moment de partage autour des livres.

Suivront la sortie de mon prochain roman, le 24 août prochain, et une série de rencontres dans la foulée. Toutes les dates ne sont pas encore fixées, elles seront bientôt sur mon site, www.mariecharrel.com. Je serai heureuse de vous y retrouver.

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Je remercie très chaleureusement Marie Charrel pour sa gentillesse et disponibilité.

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