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L’interview de Laurent Ladouari : « L’or des Malatesta »

Aujourd’hui, je vous propose de faire connaissance avec Laurent Ladouari.

Ingénieur, il a travaillé pour des groupes de médias et de télécommunications puis au service du gouvernement sur des sujets relatifs à l’économie numérique.

Pour nous, il est surtout connu et apprécié pour son roman « Adamas maître du jeu«  publié en 2016 chez Pocket (aussi intitulé Cosplay chez HC Editions).

Premier tome de la saga « Volution », ce roman plonge le lecteur dans un univers futuriste. L’entreprise 1T, au bord de la faillite, est rachetée par un redoutable homme d’affaires : Zoran Adamas.

Son but : détruire la dite entreprise. Comment ? En soumettant les employés de l’entreprise au Cosplay, un jeu de rôle sans aucune règle.

Dans cet univers virtuel, les employés choisissent un personnage historique et se dissimulent derrière un masque. Leur véritable humanité se révèle alors… pour le pire : calomnie, délation et règlements de comptes se déchaînent dans une explosion de violence sans précédent et plongent l’entreprise dans le chaos. La partie peut commencer…

Ce premier volet de la saga Volution n’est pas si fictionnel. Machinations en entreprises, népotisme, faux semblants et jeux de rôles, connivence des médias avec les plus puissants… tout ça est loin de nous être inconnu !

En mars 2016, les lecteurs découvrent le second volet de la saga : « L’or des Malatesta«  (HC Editions).

Ces deux romans ont été plébiscités par le comité éditorial du Ptit Colli.

Il est donc tout naturel que nous vous emmenions aujourd’hui dans l’univers de Laurent Ladouari et de sa saga « Volution ».

L’interview de Laurent Ladouari

Bonjour Laurent. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots et nous parler de votre parcours pour le moins original ?

Je suis né à Marseille, j’ai fait mes études à Paris – une prépa à Louis-le-Grand puis Polytechnique. J’ai travaillé pour de grands patrons, puis pour des ministres, ce qui m’a permis d’approcher les milieux de pouvoir d’assez près pour en parler de façon amusante sans dire trop de bêtises.

Vous êtes donc un scientifique. Que se passe-t-il lorsqu’un scientifique, comme vous, devient artiste/écrivain ?

J’étais déjà écrivain quand j’avais dix ans, du moins j’en étais déjà persuadé ! Je passais mon temps à inventer des histoires ou décrire la réalité dans le style des livres que je lisais, mais je n’en parlais à personne : écrire me faisait très, très peur. Le passage à l’acte a été tardif, car je n’aime pas faire les choses à moitié. Quand j’ai décidé qu’il fallait s’y mettre, l’idée d’une saga urbaine, qui projette dans un futur proche les inquiétudes actuelles, est arrivée presque instantanément.

Vous avez publié les deux volets du cycle « Volution ». Que nous disent-ils sur votre univers littéraire et sur les thématiques qui vous préoccupent/fascinent ?

L’histoire tourne autour d’un homme seul et énigmatique, Adamas, un milliardaire hors du commun dont les actes sont toujours porteurs d’un sens caché. Ses pairs le détestent parce qu’il leur fait de l’ombre. Il est admiré par les jeunes personnes qu’il a formées, via l’école de Nonpareil qu’il a fondée : on y apprend à repousser les limites des facultés humaines. L’idée de départ était de raconter des histoires portées par des personnages très forts, en abordant des thèmes variés : les inégalités dans les grandes villes, la façon dont la connaissance peut changer le cours d’une existence, la technologie comme un défi lancé à la sagesse des hommes, le travail, l’argent, le pouvoir…

Votre dernier roman « L’or des Malatesta » a été sélectionné par le comité éditorial du Ptit Colli. Certains lecteurs ont donc eu chance de le recevoir dans leur box littéraire.

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– Quel message souhaiteriez-vous leur adresser ?

Ceux qui ne l’ont pas lu me disent qu’il est épais, ceux qui l’ont lu qu’il ne l’est pas assez ! J’aime que ce soit les émotions qui poussent à tourner la page, à dévorer un livre. Alors lisez le prologue et laissez aller vos émotions : un mafieux à l’article de la mort convoque les deux fils qu’il n’a pas vus grandir dans un parloir de prison. C’est la première fois qu’il s’adresse à eux, et il n’a que quelques instants pour leur révéler leur identité et leur léguer son patrimoine : un million de lingots planqués quelque part dans les souterrains de la ville. En échange, ils devront porter le nom infâme de Malatesta.

– Comment leur présenteriez-vous ce livre ?

C’est une histoire d’or maudit : ces lingots amassés portent en eux la malédiction qui frappe l’Occident depuis que les conquistadores ont massacré les Aztèques pour quelques tonnes de métal. Cette histoire se déroule dans une grande ville, dans un futur pas trop lointain, mais dans cette ville il y a des héritiers, des intrigantes, des hommes d’affaire sans scrupules et une armée de jeunes gens habiles qui attendent qu’on leur donne une chance pour bâtir un nouveau monde… une chance ou un trésor.

« L’or des Malatesta » est donc le deuxième volet du cycle « Volution ». Pouvez-vous nous parler du premier opus « Cosplay » (HC Editions, 2014) / « Adamas maître du jeu » (Pocket – 2016) ?

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Dans la première histoire, Adamas lance ses Nonpareils à l’attaque d’une entreprise en faillite. Ils y sèment les ferments d’une révolte sous la forme d’un jeu vidéo où tout peut être dit ou fait sous couvert d’anonymat : l’expérience effrayante d’une liberté totale durant les heures de bureau. Le résultat est aussi brutal qu’inattendu : les patrons peuvent être jugés par leurs collaborateurs, et les inconnus masqués qui prennent le pouvoir sont peut-être de simples stagiaires…

Dans « Cosplay » (HC Editions, 2014) / « Adamas maître du jeu » (Pocket – 2016), vous parlez du monde de l’entreprise et plus spécifiquement de l’importance de tous dans une entreprise. C’est un thème peu banal en littérature. Comment l’expliquez-vous ?

Pour écrire sur un sujet, il faut le connaître et ne pas en avoir peur : une entreprise, c’est comme un village ou une personne, elle a ses rites et son identité, une personnalité propre qui peut la rendre attachante ou détestable. Si les auteurs avaient eu comme moi la chance d’en rencontrer beaucoup, dans des situations sympathiques ou terribles, ils en parleraient plus souvent, et dans des termes moins convenus. Dans le cycle Volution, les entreprises sont en train de prendre une place inquiétante, elles ressemblent à ces cités de l’Italie médiévales, prospères, inventives mais prêtes à se faire la guerre.

Parlons à présent de « L’or des Malatesta ». Que pouvez-vous nous dire sur les protagonistes et plus précisément sur les liens qui les unissent ?

Dans ce livre, la question de la famille est centrale : celle dont on hérite à la naissance ou celle qu’on se construit. Plusieurs personnages sont orphelins – Nonpareil accueille pour moitié des enfants sans ressources -, ils se choisissent souvent des pères et des mères de substitution. J’ai une affection particulière pour la famille Dûma, qui habite du mauvais côté du Mur et que Julien a choisis pour être ses parents d’adoption. Qu’un des héritiers de la fortune des Malatesta se réfugie chez des gens simples parce qu’ils ont un trésor à la place du cœur me touche profondément.

Tancrède Malatesta, quant à lui, est le seul personnage qui comprenne vraiment Adamas et cerne ses véritables intentions. Leur relation filiale me touche aussi, car elle est extrêmement pudique.

La dimension générationnelle, la descendance, la transmission entre des êtres ne partageant pas de liens filiaux, sont des aspects fondamentaux de vos romans. Qu’est-ce qui vous fascine autant dans ces thématiques ?

Mon père est né dans un pays étranger, il n’a jamais connu ses parents, il a grandi durant une guerre violente. Et moi, j’ai grandi dans un pays pacifique et prospère, avec des parents formidables. C’est peut-être pour ces deux raisons que ce thème de la transmission est si présent. Ce qui m’obsède, c’est de savoir si on est déterminé par le bien ou le mal qu’on a reçu, ou s’il y a quelque chose en nous prêt à résister aux situations de départ pour inventer quelque chose d’unique et d’original. Cette capacité à se choisir un avenir constitue la santé d’une civilisation, il faut l’entretenir à tout prix, en écrivant ou en lisant des livres par exemple.

Dans « L’or des Malatesta », j’ai été particulièrement interpellée par l’école de Nonpareil. Si notre système éducatif appliquait les mêmes méthodes que cette école, qu’est-ce que cela donnerait ?

Ça me fait très plaisir ! J’écris pour qu’on ait envie que Nonpareil existe, cela ne relève pas de la science-fiction. A Nonpareil, les enfants sont soumis à une stricte égalité, qu’ils soient princes ou pauvres, ce qui veut dire peu de confort. Ce qui caractérise cette école, c’est la grande exigence de leurs professeurs, pour tirer ce qu’il a d’unique et d’étincelant en chaque élève. On leur enseigne les « arts de mémoire » qui étaient pratiqués depuis l’Antiquité et dilatent les capacités d’apprentissage dans des proportions surprenantes. Ils pratiquent les arts martiaux pour maîtriser leur concentration et leurs émotions. Mais surtout, ils sont invités à se servir de leurs mains : les élèves apprennent à se méfier de tout ce qu’ils ne sauraient rebâtir eux-mêmes. Le confort qu’ils revendiquent, ils doivent le gagner.

Devenus adultes, les Nonpareils sont évidemment doués dans de nombreux domaines – des polymathes –, mais ils demeurent très (parfois trop ?) sensibles, avec cette fêlure cachée, cette belle folie qui est la signature du potentiel génial qu’il y a en chaque enfant.

A qui s’adressent vos romans ? Et pourquoi ?

Mes histoires s’adressent à des jeunes qui ont de quinze à quatre-vingt-quinze ans : est jeune toute personne qui ne s’est pas encore résignée, qui n’a pas encore cessé d’espérer pour le monde.

Un petit portrait chinois ça vous tente ?

Que seriez-vous si vous étiez :

un livre : un dictionnaire de mythologie – je n’ai jamais autant aimé un livre que celui que j’ai reçu à mon huitième anniversaire.

une peur : l’esclavage.

un bruit : un repas qui se prépare, les rires de gens qui se retrouvent, une bouteille qui se débouche.

un objet : je n’aime pas trop les objets, je perds tout. Les rares objets qui m’intéressent ont appartenu à des gens que j’admire, ils se trouvent souvent dans des musées. Par exemple, le petit sceau de Jean-Jacques Rousseau qui se trouve au musée Carnavalet, près du fauteuil de Voltaire : « Vitam Impedere vero », il faut consacrer sa vie à chercher la vérité.

une invention : Wikipedia ; elle a inventé l’accès inconditionnel, universel et gratuit à la connaissance. La fondation qui promeut cette encyclopédie devrait avoir reçu le prix Nobel de la paix depuis longtemps !

une émotion : voir un enfant s’émerveiller devant le fonctionnement d’une machine ou la beauté d’une statue.

un animal : En écrivant le tome 1, j’étais un dauphin nonpareil ; pour le tome 2, un éléphant Malatesta. Depuis que j’écris le tome 3, j’essaie de réfléchir comme un aigle, le totem d’Adamas.

un lieu : le Louvre, la beauté soigne tout.

un adage : « deviens ce que tu es »

On dit souvent qu’on est ce qu’on lit. Et vous Laurent, que lisez-vous ?

Il manque encore des livres à ma bibliothèque. Je lis des classiques de la littérature européenne, ces livres qu’on aime lire cent ans après leur parution et qu’on lira encore dans cent ans.

Un mot de votre actualité 2017 : séances de dédicace ? Salons ? …

L’écriture du tome 3 : Adamas en est le personnage central, il sort de l’ombre pour se venger, ça va barder…

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Je remercie très chaleureusement Laurent Ladouari pour sa gentillesse et générosité littéraire.

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