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La dernière interview d’Antonio Sarabia pour « La femme de tes rêves »

L’écrivain mexicain Antonio Sarabia s’est éteint le vendredi 2 juin 2017.

Auteur de « Amarilis », « Ciel à belles dents » ou encore des « Invités du volcan », Antonio Sarabia s’était lancé tardivement dans l’écriture, après une carrière à la radio et dans la publicité.

En avril 2017, il publie son dernier roman traduit en français par René Solis aux éditions Métailié.

Intitulé « La femme de tes rêves », ce roman est un polar cruel où se mêlent dureté, romance et espoir.

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On y retrouve avec plaisir le style poétique d’Antonio Sarabia qui, tel un peintre se laissant porter par ses pinceaux, se laissait lui-même emporter par ses personnages.

Car comme il le disait lui-même dans cette dernière interview : « Ce sont eux [les personnages] qui me montrent le chemin. […] Je ne sais pas où cela me mène et qui je vais rencontrer. Je m’en soucie guère. J’avance dans le livre, de surprise en surprise, et je découvre l’histoire de la même manière que le font mes lecteurs. […] Je ne suis que le témoin d’une histoire, de son développement. Je suis la main désignée pour l’écrire. »

L’interview d’Antonio Sarabia

Bonjour Antonio. Pouvez-vous nous parler de vous, de votre parcours et de votre dernier roman “La femme de tes rêves” ?

Je suis Mexicain. J’ai 72 ans. J’ai commencé à écrire des romans dans les années 90. Depuis lors, j’ai réalisé 8 ou 9 livres publiés et traduits dans plusieurs langues.

J’ai également écrit un livre de voyage et plusieurs autres récits.

J’ai vécu un petit moment à Paris et, en 2003, j’ai déménagé à Lisbonne, où je réside aujourd’hui.

“La femme de tes rêves” est mon dernier roman. Publié en langue française, il est également disponible en espagnol sous le titre “No tienes Perdón de Dios”.

Comment est née l’idée de ce roman ?

Comme tous les autres : une situation particulière me vient à l’esprit ; suggestive et insolite, je me propose de l’explorer.

Plusieurs scénarios se présentent alors, avec des personnages auxquels je n’aurais pas pensés et d’autres plus vraisemblables et intéressants qui s’emparent de l’action. Ce sont eux qui me montrent le chemin. Je ne pourrais pas aller bien loin sans eux. Je ne sais pas où cela me mène et qui je vais rencontrer. Je m’en soucie guère. J’avance dans le livre, de surprise en surprise, et je découvre l’histoire de la même manière que le font mes lecteurs.

Javier Cercas a dit que dans chaque oeuvre se cache un thème superficiel et un thème plus profond. Êtes-vous d’accord avec cette proposition ? Selon vous, quelle est a thématique superficielle et la thématique profonde de votre dernier roman ?

Je ne pense pas en ces termes-là. Nommer un aspect du livre “important” et un autre “superficiel” me semble inutile et subjectif. Un roman est une oeuvre ronde, complète. […]. Elle fonctionne comme un mécanisme actif pour la lecture et est enrichie par l’imagination du lecteur.

A chacun de nous de décider, en fonction de notre propre sensibilité, de nos croyances et critères, quelles sont les pièces les plus importantes et celles qui le sont moins : il est fort à parier que nous ne partagerons pas le même avis !

Le texte est indubitablement poétique. L’emploi de la seconde personne du singulier m’a fait penser au poème « Zone » de Guillaume Apollinaire. Votre roman met particulièrement en valeur les mots, les phrases… ce qui crée une cadence et une sonorité qui sert l’histoire et l’action, et non l’inverse. Quel est votre secret pour accomplir cela ?

La forme et le fond sont, depuis toujours, intimement liés et sont inséparables de l’oeuvre. Ce n’est pas égal. Par exemple, la prose de mon premier roman “Amarilis” dont l’action se déroule dans le XVIIème siècle espagnol aux temps de Lope de Vega et Cervantes, et celle de “La femme de tes rêves” dont l’action se déroule de nos jours au nord du Mexique, dans le milieu des narcotrafiquants ; chacune est liée à création de l’ambiance de l’époque et à sa crédibilité dans le texte. Ceci dit, même s’il y a des variations dans le ton, le timbre et la couleur du texte, le langage de fond reste le même car c’est le mien. Je n’en ai pas d’autre. Lorsque tu mentionnes la cadence et la sonorité du texte, la musicalité de la langue, je dirais que c’est également quelque chose de personnel. La manière dont les mots s’assemblent naturellement pour former des phrases dans l’esprit d’un auteur, c’est ce que certains appellent le style.

Dans ce livre, vous mêlez une histoire réaliste, sombre et très dure avec des moments romantiques et des moments qui nous font sourire. Une nécessité selon vous ?

Ce n’est pas une nécessité. Ou, s’il en est une, je ne le sais pas, cela est inhérent à l’écriture. Comme je te l’ai dit, je ne suis que le témoin d’une histoire, de son développement. Je suis la main désignée pour l’écrire. Les exigences du roman sont donc inhérentes à ce processus.

Le journal « El Informador » en date du 18 août 2013 vous a cité : “le livre fait les personnages et il est plus sain que l’auteur se place à la marge et qu’il agisse comme un chroniqueur dans l’ombre de ce que font les personnages”. Dans ce contexte, comment est né Hilario Godínez, le personnage principal du roman ? 

Chaque auteur a son propre modus operandi pour construire un roman.

Certains prévoient, chapitre par chapitre, tout ce qui va se dérouler de la première page jusqu’au final avant de commencer à écrire.

Ce n’est pas mon cas. Ma méthode n’a rien d’originale ; elle n’est pas non plus unique mais elle est relativement hétérodoxe.

Je te le dis avec la plus grande sincérité : je ne sais pas comment est né Hilario Godínez. Je fus le premier surpris de voir cet homme sur l’écran de mon ordinateur.

Il m’a paru horrible et, dans le livre, les personnages sont d’accord avec moi puisqu’il est détesté et raillé en même temps.

Je devrais présenter des excuses. Hilario Godínez ? D’où vient-il ? Comment, pourquoi ais-je eu l’idée de l’appeler ainsi ? Je n’en ai pas la moindre idée. Ça éveille ma curiosité. Je vais commencer à réfléchir à la question.

Que nous apprend “La femme de tes rêves” sur la société mexicaine et la place du football au Mexique ?

Ce roman n’a pas de vocation didactique ou pédagogique. Ni aucun de mes autres livres d’ailleurs, y compris les romans historiques.

Je ne crois pas en ce type de littérature. Elle nous trompe : on y confond les mots et les faits. Elle se disperse avec facilité entre l’intransigeant et le pamphlétaire, sans grand intérêt

L’unique fonction de mes livres est de divertir, intriguer, persuader, et si cela est possible de passionner le lecteur.

Cela est possible grâce à l’imagination d’expérimenter d’autres mondes. Faire sentir que dans la vie, tout n’est pas que terre et brique, parfois il y a aussi de l’ombre et du rêve.

Que représente ce livre dans votre carrière littéraire ?

Un livre de plus. Comme pour mes autres livres, “La femme de mes rêves” m’a appris de nouvelles choses.

Un petit portrait chinois ça vous tente ?

Que seriez-vous si vous étiez :

un livre : « Moby Dick » ou « Les Trois Mousquetaires »

un poème : « L’Iliade »

une peur : la peur de la peur

un bruit : celui d’une mouette sur un toit

un objet : un sablier

une invention : un récit

une émotion : la curiosité

un animal : un poisson

un lieu : un ruisseau, un fleuve

On dit souvent qu’on est ce qu’on lit. Et vous Antonio, que lisez-vous ?

Un livre de Alberto Manguel, en anglais, que j’ai rencontré tout à fait par hasard à “Shahespeare and Company” lors de ma récente visite à Paris. Il s’intitule “De la curiosité”. C’est un vaste essai sur “La Divine Comédie”. Un bijou rare et merveilleux. Je vous le recommande chaudement.

* * * * * * * * *

Cette interview fut la dernière interview donnée par Antonio Sarabia.

Un hommage lui a été rendu à La Casa de America latina de Lisbonne, le vendredi 9 juin 2017.

Les éditions Métailié ont précisé que l’écrivain « reposerait auprès de son ami Antonio Tabucchi dans le carré des écrivains au cimetière de Lisbonne ».

L’interview en espagnol d’Antonio Sarabia

Antonio. Háblame un poco de ti y del último libro que has publicado «No tienes perdón de Dios»?

Soy mexicano, tengo 72 años, comencé a escribir novelas en los años noventas. Desde entoncesllevo ocho o nueve publicadas y traducidas a un puñado de idiomas, más un libro de viajes y un montón de relatos. Viví un tiempo en París y, en el 2003, me mudé a Lisboa, dondeahora resido. “No tienes Perdón de Dios” es mi publicaciónmás reciente, acaba de editarse en Francia con el título de “La Femme de tes Rêves” y saldrá a la venta en lengua española con el título original durante el mes de octubre.

¿Cómo nació tu novela?

Como todas las otras: me viene a la cabeza una situaciónespecífica, siempresugestiva por insólita, y me propongo explorarla. Al hacerlo se presentandiferentes escenarios, con personajes que no se me habían ocurrido y los más verosímiles o interesantes se van adueñando de laacción.Son los que me muestran el camino a seguir. No tengo más que ir tras ellos.No sé a dónde me llevarán ni lo que va a acontecer. No me preocupa. Avanzo en el libro conforme va sucediendo, de sorpresa en sorpresa, y lo voy descubriendo del mismo modo en que más tarde lo harán mis lectores.

Javier Cercas dice que en toda obra hay un tema superficial y un tema profundo. ¿Estás de acuerdo con esta propuesta? ¿Cuál es, en tu opinión, el tema importante y el tema superficial de tu novela?

No pienso en esos términos. Llamar a un aspecto de la novela “importante” y a otro “superficial” me parece inútil y subjetivo. La novela es una obra redonda, completa, a la que no debe faltarle ni sobrarle nada. Funciona luego como un mecanismo activado por la lectura y enriquecido por la imaginación del lector. A cada uno de ellos le tocará decidir, según sus propia sensibilidad,creencias y criterios, cuáles son las piezas más importantes y cuáles las menos importantes del relato: podría apostar que no todos opinarán lo mismo.

El texto es verdaderamente poético. El uso de la segunda persona singular me hace pensar al poeta Guillaume Apollinaire y al poema « Zone ». Así, se pone un énfasis en el lenguaje, las palabras… lo cual crea una cadencia y una sonoridad que sirve la trama y la acción, y no lo contrario. ¿Cuales son tus secretos para cumplir esto ? ¿Te llevó mucho tiempo escribir la novela?

La forma y el fondo en una novela están, desde luego, íntimamente ligados y son inseparables de la obra. No es igual, por ejemplo, la prosa de mi primera novela, “Amarilis”, que transcurre en el siglo XVII español, en los tiempos de Lope de Vega y de Cervantes, a “No Tienes Perdón de Dios” que sucede en nuestros días en el norte de México, en medio de unaatmósfera de narcotraficantes.Cada unaestápermeada por larecreación del ambiente desu época y su credibilidad en el texto. Dicho esto, y variando ambas en el tono, el timbre y el color de lo escrito, el lenguaje en el fondo es el mismo porque se trata del mío propio. No tengo otro. Lo que tú mencionas como “cadencia y sonoridad”, la musicalidad del lenguaje diría yo, es algo personal. La forma como las palabras se juntan con naturalidad para formar frases en la cabeza de cada autor. Algunos llaman a eso “el estilo”.

En este libro, te mezclas una historia realista, sombría y muy dura con momentos románticos y momentos que nos hacen sonreír. ¿Una necesidad?

Necesidad tampoco hay ninguna. O, si la hay, yo no puedo saberlo, viene innata al escrito. La novela, como te he dicho, se va de algún modo narrando a sí misma. Yo sólo soy un testigo de su desarrollo y la mano elegida para continuarlo. Las necesidades de la novela son inherentes a ella, a mí sólo me proporciona placer escribirla.

« El Informador » del 18 de Agosto del 2013 ha compartido tu convicción de que « la novela la hacen los personajes y es muy sano que el escritor se mantenga al margen y sea un cronista en la sombra de lo que hacen los personajes ». En este contexto, ¿Cómo nació Hilario Godínez, el protagonista de la novela? ¿Es difícil de separarte de tus personajes?

Cada autor tiene su modo particular de construir una novela. Hay quienes tienen previsto, capítulo por capítulo, todo lo que acontecerá en ella del principio al final aún antes de sentarse a escribirla. No es mi caso. Este método mío, o esta ausencia de método, no es algo original ni único pero tampoco es lo más heterodoxo. Con toda sinceridad te lo digo: yo no sé cómo nació Hilario Godínez.Fui el primer sorprendido al mirar ese nombre en la pantalla de mi computadora. Me parece horroroso y, en la novela, el propio protagonistaestá de acuerdo conmigo puesto que lo detesta y se burla del mismo. Debería pedirle disculpas. ¿Hilario Godínez? ¿Dé dónde salió?, ¿cómo, por qué, se me ocurrió llamarlo así? No tengo ni idea. Me da mucha curiosidad. Voy reflexionar sobre el asunto.

¿Que nos aprende «No tienes perdón de Dios» acerca de la sociedad mexicana y sobre el papel del fútbol en México?

“No Tienes Perdón de Dios” no tieneintencionesdidácticas o pedagógicas. Ni esa ni ninguna otra de mis novelas, incluyendo las de tema histórico. No creo en ese tipo de literatura. Persigue un engaño:que confundamos palabras con hechos.Se disuelve con facilidad en intransigente y panfletaria, sin ningún interés.La única función de mis libros es entretener, intrigar, persuadir, si es posible apasionar al lector. Permitirle, a través de la imaginación,experimentar otrosmundos.Hacerle sentir que en la vida no todo es tierra y adobe, también hay sombra y sueño.

¿Qué representa este libro en tu carrera literaria?

Es uno más. Me ha enseñado muchas cosas nuevas, como todos los otros.

¿Conoces los retratos chinos?

¿Si fueras un libro/un poema, serías? : ¿un libro? : Moby Dick o Los Tres Mosqueteros. ¿Un poema?,hombre, ¿por qué no?, si sólo de escoger se trata va, de una vez: La Iliada.

¿Si fueras un temor,serías? : El temor al temor

¿Si fueras un ruido,serías? :  una gaviota en el tejado

¿Si fueras un objeto,serías? :  un reloj de arena, tal vez, o un dado

¿Si fueras una invención,serías? : un relato

¿Si fueras una emoción,serías? : la curiosidad

¿Si fueras un animal, serías? :  un pez

¿Si fueras un lugar, serías? :  un río

¿Si fueras un dicho, serías? : no sé,¿más sabio?

Jorge Luis Borges dijo: « somos lo que somos por lo que leemos ». Me gustaría saber lo que lees actualmente.

Un libro de Alberto Manguel, en inglés, que me encontré por azar en Shakespeare and Company durante mi reciente visita a París. Se titula “Curiosity”.  Es un largo y cuidadoso ensayo que gira alrededor de “La Divina Comedia”. Me parece una joya rara y maravillosa. Lo recomiendo mucho.

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