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Interview de Charlotte Fouilleron : « On ne meurt pas comme ça ! »

« A trente-sept ans, j’ai été l’erreur de casting, celle qui rajeunit les statistiques. Si la moyenne d’âge du cancer du côlon est de soixante-cinq ans, c’est grâce à moi. »

C’est à 37 ans que Charlotte Fouilleron, journaliste de presse féminine à Paris, apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du côlon, un « cancer de vieux » comme elle l’appelle.

Dans son livre « On ne meurt pas comme ça ! » (Pocket, 20/10/2016), pas de descriptions larmoyantes.

Bien au contraire, le ton est drôle, émouvant et plein de fraîcheur.

L’auteur raconte son cancer d’une manière décalée et ça fait du bien !

Séduit par ce témoignage rempli d’humour, le comité éditorial du Ptit Colli l’a inclus dans sa sélection.

Peut-être a-t-il été choisi pour vous ?

Si c’est le cas, la réponse à la dernière question de cette interview vous est destinée 😉

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L’interview de Charlotte Fouilleron

« On ne meurt pas comme ça » est une phrase que vous a dit votre mère. Une phrase qui vous a porté ?

Oui, cette phrase a été extrêmement importante dans mon parcours. C’était le premier soir où j’avais appris mon cancer. Ce soir-là, je dînais chez mes parents avec ma mère et j’étais pétrifiée par la peur. Je n’arrivais pas à parler et la seule chose que j’ai pu dire à ma mère, c’était précisément que j’avais peur. Elle m’a demandé : « De quoi exactement ? », je lui ai répondu : « De mourir ». Et sa réponse a fusé, comme un cri du cœur : « Mais on ne meurt pas comme ça ! ». J’ai bien senti à son ton qu’elle était sincère et qu’elle n’avait aucun doute sur ma guérison. Sa certitude m’a portée. Elle a été pour moi le début de la mobilisation.

Vous allez donc accepter de vous battre. Mais pas sans une contrepartie. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En effet, j’ai accepté de me battre, sans renoncer à l’autre grand projet de ma vie au moment où je suis tombée malade : rencontrer le grand Amour ! Effectivement je me suis même dit que cette épreuve allait forcément m’apporter une contrepartie. Non seulement j’allais guérir mais j’allais rencontrer l’homme de ma vie. Le destin me devait bien ça ! Mon livre raconte cette double quête avec humour et espoir. Sans dévoiler la fin, je dirais que j’ai été plutôt chanceuse…

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« On ne meurt pas comme ça » est un livre drôle et plein de vie sur le cancer. Une manière de changer notre regard sur le cancer ? Le regard d’une société qui a tant de mal à prononcer ce mot ?

Oui ça me frappait déjà avant de tomber malade. Toutes ces périphrases pour ne pas prononcer le mot cancer (même à l’hôpital, on parle d’oncologie et pas de cancérologie !), cette manière compassée et larmoyante de parler des malades du cancer… Avec mon livre, j’ai voulu donner un coup de pied dans la fourmilière ! Raconter le parcours d’une fille qui tombe malade, mais qui reste une trentenaire insérée, bien dans sa vie, qui aime rire, danser et porter du vernis à ongles et qui ne va renoncer à rien de tout ça. Et puis j’ai aussi voulu faire passer le message qu’on peut guérir du cancer. Cette maladie continue à faire peur et à être associée à la mort, alors qu’on sait de mieux en mieux la soigner.

Vous êtes pigiste. S’est donc posé le problème de l’indemnisation de votre arrêt maladie. Un combat de plus à mener ?

En effet, je suis journaliste indépendante, rétribuée en fonction des articles que j’écris. Quand j’ai eu mon cancer, j’ai dû arrêter de travailler pour me soigner. Dans ce cas-là, la Sécurité sociale prend normalement le relais et indemnise votre arrêt maladie. Sauf que dans un premier temps, elle a refusé de m’indemniser pour des motifs obscurs. Et me l’a signifié très froidement par un simple courrier. Comme j’ai l’habitude d’écrire et que j’avais l’énergie pour le faire, j’ai entamé une série de courriers pour finalement obtenir gain de cause plusieurs mois plus tard. Et, dans l’intervalle, j’avais des économies et une famille très présente pour pallier ce manque de revenus. Quand cette mésaventure m’est arrivé, j’ai néanmoins pensé à ceux qui, en plus d’être malades, n’ont pas les ressources pour se défendre. Ajouter des tracasseries administratives à la maladie est d’une violence sans nom. C’est vraiment quelque chose qui m’a mise en colère.

Comment s’est passé le retour à la vie normale ?

Il y a une phase de transition. C’est difficile de reprendre le cours normal de sa vie parce qu’on sort forcément différent de cette épreuve. Les priorités changent, on n’a plus tout à fait la même façon d’appréhender le quotidien. La traversée du cancer est une parenthèse très intense, où tout est décuplé-  les émotions, les relations avec les gens, les projets – et il faut un peu de temps pour revenir à un état plus « normal ». Heureusement, j’ai été portée par mon projet d’écriture. Et puis, ma vie personnelle a tellement changé que je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer ni de cogiter ! Pour moi, il y a vraiment un avant et un après la maladie.

Avez-vous lu, vous-même, des témoignages de personnes atteintes de cancer ? Pourquoi ?

J’en ai lu car je suis journaliste et il m’est arrivé d’interviewer des auteurs de ce genre de témoignages. Et comme je le disais plus haut, j’étais toujours frappée par le ton de ces récits, souvent larmoyants, fourmillant de détails médicaux où la personne changeait d’identité pour devenir un(e) malade. Quand j’ai été touchée par le cancer, je ne me suis pas du tout reconnue dans ces témoignages. Aussi, quand j’ai commencé à raconter mon histoire, ai-je eu à cœur d’adopter un ton qui reflète ma personnalité. Un ton optimiste, humoristique, voire caustique, avec une émotion qui affleure sans prendre le lecteur en otage.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux quelques lecteurs du Ptit Colli qui ont découvert votre témoignage dans leur box littéraire ?

Je les remercierais d’abord d’avoir partagé mon histoire ou d’être tenté de le faire. S’ils se plongent dans mon livre et qu’ils tournent ses pages allègrement, pour moi, le pari est gagné. C’est donc possible de lire un récit avec le cancer en toile de fond et d’y prendre du plaisir ! C’est en tous les cas le plus beau compliment qu’on puisse me faire.

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Je tiens à remercier très chaleureusement Charlotte pour sa gentillesse et disponibilité !

 

 

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